Wall Street conserve son avance, misant sur la reprise

Wall Street conserve son avance, misant sur la reprise
Deux traders inquiets sur le floor du NYSE à New York.

Boursier.com, publié le lundi 08 juin 2020 à 13h56

La cote américaine consolide à peine avant bourse ce lundi, le S&P500 s'adjugeant encore 0,6% et le Nasdaq étant attendu stable, après l'incroyable fin de semaine dernière. Les opérateurs misent résolument sur la reprise économique post-confinement. Sur le Nymex, le baril de brut souffle et rend 0,8% à 39,2$. L'once d'or monte de 0,8% à 1.696$.

Les chiffres étonnamment solides de l'emploi américain publiés vendredi et le soutien massif de la Banque centrale européenne (BCE) avaient dernièrement dopé un peu plus les marchés, qui suivent aujourd'hui une audition de Christine Lagarde, présidente de la BCE, devant la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen sur les perspectives économiques et sur la réponse à la crise du nouveau coronavirus.

Le rendez-vous majeur cette semaine sera la réunion monétaire de la Réserve fédérale américaine, qui devrait confirmer sa politique ultra-accommodante malgré les récents signaux de recovery. Le communiqué de mercredi sera suivi de près, comme la conférence du président de la Fed Jerome Powell. La banque centrale américaine actualisera par ailleurs ses prévisions économiques et pourrait préciser sa vision de la reprise.

Il n'y aura pas de statistique marquante outre-Atlantique ce lundi. En Europe, la chute historique de la production industrielle en Allemagne au mois d'avril ne semble pas surprendre les opérateurs.

Les cours du pétrole fléchissent légèrement ce jour, après avoir été portés par la prolongation jusqu'à fin juillet de l'accord de l'Opep+ sur une réduction de production et l'augmentation record des importations de brut par la Chine en mai.

Sur le front sanitaire, la pandémie confirme son expansion en Amérique latine mais montre des signes d'essoufflement dans d'autres régions.

Selon l'Université Johns Hopkins, qui fait référence sur le sujet, l'épidémie du nouveau coronavirus a fait plus de 403.000 morts dans le monde, dont plus de 110.000 aux USA et plus de 40.000 au Royaume-Uni. Plus de 36.000 morts sont recensés au Brésil et près de 34.000 en Italie. Plus de 7 millions de cas confirmés sont décomptés à l'échelle mondiale, dont 1,94 million aux USA depuis le début de l'épidémie et plus de 691 milliers au Brésil, contre 476 milliers en Russie.

La bourse de New York s'était envolée vendredi de 2% à 3% après la publication surprise de 2,5 millions de créations d'emplois en mai aux Etats-Unis, malgré le Covid-19, alors que les marchés craignaient près de 8 millions de suppressions de postes ! Le Nasdaq a même franchi en séance à un nouveau record historique. Les mesures de déconfinement semblent donc avoir produit un effet de rebond de l'activité bien plus fort qu'espéré initialement, ce qui a aussi contribué à une flambée des cours du pétrole de plus de 5%.

A la clôture, le Dow Jones avait bondi de 3,15% à 27.110 points, tandis que l'indice large S&P 500 grimpait de 2,62% à 3.193 pts et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, avançait de 2,06% à 9.814 pts, tout près de son sommet historique inscrit le 19 février dernier (9.817 pts), avant la crise du Covid-19. Sur l'ensemble de la semaine dernière, les trois indices avaient bondi respectivement de 6,8% (DJIA), 4,9% (S&P 500) et 3,4% (Nasdaq), atteignant désormais des valorisations jugées tendues par de nombreux analystes.

Les chiffres de l'emploi aux Etats-Unis en mai ont donc créé un électrochoc sur les marchés boursiers. Ainsi, alors que le consensus tablait sur la destruction de 7,7 millions d'emplois, l'économie américaine a au contraire créé 2,51 millions d'emplois non agricoles le mois dernier. Le taux de chômage a baissé à 13,3% contre 14,7% en avril, alors que le consensus s'attendait à un taux proche de 20%, à 19,8% !

Le secteur privé a créé 3,09 millions de postes en mai selon le rapport du Département au Travail, alors que les économistes craignaient les destructions de 6,5 millions de postes supplémentaires. L'emploi manufacturier a augmenté de 225.000, contre -530.000 de consensus. Le taux de participation à la force de travail est ressorti à 60,8%, contre 60% de consensus.

Ces chiffres ont réjoui les investisseurs, mais aussi Donald Trump, qui s'est fendu de plusieurs tweets après la publication des chiffres de l'emploi et a tenu dans la foulée une conférence de presse, dans la roseraie de la Maison Blanche. Le président américain, qui n'a eu de cesse ces dernières semaines d'appeler l'Amérique à redémarrer et à se déconfiner, a ainsi salué "un INCROYABLE RAPPORT SUR L'EMPLOI" sur Twitter, puis devant la presse, il a vanté la "force" de l'économie américaine ainsi que sa gestion de la crise sanitaire.

"Cette force nous a permis de surmonter cette horrible pandémie, nous l'avons largement surmontée", a-t-il dit. "Nous avons pris toutes les décisions qu'il fallait", a-t-il encore assuré, alors que sa gestion de la crise sanitaire a été souvent critiquée. Selon le président, les Etats-Unis ont "fait un grand pas" dans leur "rebond", et les prochains mois démontreront que l'économie, en pleine santé avant l'épidémie et le confinement, repartira de plus belle.

Dans ce discours aux accents électoralistes, Donald Trump a déconcerté en faisant un lien improbable entre les bons chiffres de l'emploi et les manifestations qui ont secoué de nombreuses villes américaines depuis la mort de George Floyd, cet afro-Américain tué par un policier le 25 mai à Minneapolis. "J'espère que George nous regarde d'en haut et dit que c'est une grande chose qui se passe pour notre pays. C'est un grand jour pour lui, c'est un grand jour pour tout le monde. C'est un grand, grand jour en termes d'égalité", a ainsi assuré Donald Trump.

Joe Biden, le probable rival démocrate de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine du 3 novembre, a critiqué le ton triomphal du président. Pour Biden, "il reste encore beaucoup de travail". "Beaucoup d'Américains continuent de souffrir". Lors d'une allocution à la Delaware State University de Dover, une université "historiquement noire" (HBCU) accueillant les Afro-Américains, il a déclaré que "ce président, qui ne prend aucune responsabilité quand des millions et des millions de gens perdent leur emploi, ne mérite aucun crédit quand une petite proportion d'entre eux en retrouvent".

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