Wall Street consolide (enfin ?) avant la Fed

Wall Street consolide (enfin ?) avant la Fed
Deux traders inquiets sur le floor du NYSE à New York.

Boursier.com, publié le mardi 09 juin 2020 à 11h07

La cote américaine reperd du terrain avant bourse ce mardi, au lendemain d'une séance extrêmement positive. Les opérateurs temporisent donc avant la réunion de la Fed, qui se tient aujourd'hui et demain. Le S&P500 fléchit de 0,9% en pré-séance, alors que le Nasdaq recule de 0,5%. Le DJIA rend 1,1%. Sur le Nymex, le baril de brut WTI corrige de près de 3% sur les 37$, alors que le Brent abandonne 2,2%. L'once d'or monte de 0,4% à 1.712$.

Les marchés demeurent confiants dans la reprise économique post-confinement, mais reprennent leur souffle après la longue série haussière. L'incertitude sur le ton de la Fed incite également à une certaine prudence. La banque centrale américaine a assoupli hier les modalités du programme de prêts aux entreprises dites 'Main Street' doté de 600 milliards de dollars qu'elle doit implémenter ces prochains jours.

Dans l'actualité macroéconomique du jour en Europe, les statistiques de la balance commerciale allemande d'avril montrent une chute de 24% sur un an des exportations et un recul de 16,5% des importations. Les données révisées du PIB trimestriel européen font état d'une contraction de 3,6%, contre -3,8% de consensus. En France, la Banque de France table pour sa part désormais sur une contraction de 10,3% de l'économie cette année.

Sur le front économique outre-Atlantique ce mardi, le rapport JOLTS du Département américain au Travail concernant les ouvertures de postes pour le mois d'avril sera communiqué à 16 heures (consensus 5,75 millions). Les stocks de grossistes du mois d'avril seront révélés à la même heure et sont attendus en hausse de 0,4% en comparaison du mois antérieur.

La Bourse de New York avait commencé la semaine hier en hausse, toujours soutenue par les paris d'une reprise économique rapide face au coronavirus, et en attendant les annonces de la Fed, prévues mercredi. Le Nasdaq a terminé lundi sur un nouveau sommet historique, et le S&P 500 a désormais effacé ses pertes depuis le début 2020. Les marchés se projettent dans une reprise économique en "V", même si la Banque mondiale a annoncé s'attendre à une récession mondiale de 5,2% en 2020, avant une reprise partielle en 2021. De son côté, l'OMS a averti que la situation sanitaire s'aggravait au niveau mondial, malgré une amélioration dans certaines régions.

A la clôture, le Dow Jones a gagné 1,70% à 27.572 points, tandis que l'indice large S&P 500 a grimpé de 1,20% à 3.232 pts et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a progressé de 1,13% à 9.924 pts, un nouveau record après celui inscrit le 19 février dernier (9.817 pts), avant la crise du Covid-19. La semaine dernière, les trois indices avaient bondi respectivement de 6,8%, 4,9% et 3,4%.

Depuis le début de l'année, le Dow Jones ne perd plus que 3,4%, tandis que le S&P 500 est revenu au même niveau et que le Nasdaq gagne plus de 10%.

Les marchés ont été galvanisés ces derniers jours par la réouverture de l'économie américaine et européenne face à une épidémie de Covid-19 qui semble désormais sous contrôle, tandis que la Banque centrale européenne a renforcé son soutien aux marchés, et que l'économie américaine a contre toute attente créé 2,5 millions d'emplois en mai, alors que les marchés s'attendaient à la perte de près de 8 millions de postes...

Malgré la persistance de facteurs de risque, notamment sur le plan sanitaire, les investisseurs sont nombreux à tabler sur un rebond en "V" de l'économie mondiale. La Réserve fédérale, qui a mis en place de nombreux programmes de soutien depuis mars, ne devrait pas accroître ces mesures de soutien ce mercredi, mais les investisseurs seront attentifs à ses nouvelles prévisions économiques, les premières depuis la réunion de décembre... Par ailleurs, les marchés s'attendent à ce que la banque centrale américaine confirme son intention de maintenir ses taux directeurs proches de zéro pour une période prolongée, afin d'accompagner la reprise économique.

Les injections massives de liquidités ont fait gonfler le bilan de la Fed à 7.210 milliards de dollars contre 4.000 Mds$ en mars avant les mesures prises pour contrer la crise du Covid-19.

Vendredi, les chiffres de l'emploi aux Etats-Unis en mai ont donc créé un électrochoc sur les marchés boursiers. Ainsi, alors que le consensus tablait sur la destruction de 7,7 millions d'emplois, l'économie américaine a au contraire créé 2,51 millions d'emplois non agricoles le mois dernier. Le taux de chômage a baissé à 13,3% contre 14,7% en avril, alors que le consensus s'attendait à un taux proche de 20%, à 19,8% !

Le secteur privé a créé 3,09 millions de postes en mai selon le rapport du Département au Travail, alors que les économistes craignaient les destructions de 6,5 millions de postes supplémentaires. L'emploi manufacturier a augmenté de 225.000, contre -530.000 de consensus. Le taux de participation à la force de travail est ressorti à 60,8%, contre 60% de consensus.

Alors que les marchés se projettent vers la reprise, le National Bureau of Economic Research a officiellement annoncé lundi que les Etats-Unis sont entrés en récession en février, mettant fin au plus long cycle de croissance économique de l'histoire du pays, qui aura commencé en juin 2009 (après la crise des crédit "subprime") et aura duré 128 mois, soit 10 ans et demi.

De son côté, la Banque Mondiale a publié lundi ses dernières prévisions économiques. Elle s'attend à un plongeon de 5,2% du PIB mondial en 2020, suivi d'un rebond partiel de 4,2% en 2021. En avril, la BM s'attendait à une récession mondiale moins profonde, de 3% en 2020.

Ce sont les économies avancées qui souffriront le plus, avec une chute du PIB de 7% en moyenne, contre -2,5% pour les pays émergents. La zone euro sera de loin la région du monde la plus touchée, avec une récession attendue à -9,1%, contre "seulement" -6,1% en Etats-Unis, et une très légère progression (+1%) prévue en Chine.

En 2021, la reprise de l'activité devrait être sensible dans les pays industrialisés (+3,9%) grâce aux nombreux plans de relance budgétaires et monétaires. Les économies en développement devraient, pour leur part, connaître une forte croissance de 4,6%, la Chine pouvant même retrouver ses niveaux d'avant crise avec +6,9%, selon la Banque mondiale.

Par ailleurs, sur le plan sanitaire, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a appelé lundi à la prudence concernant l'évolution de la pandémie. "Bien que la situation en Europe s'améliore, dans le monde elle s'aggrave", a déclaré le patron de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus. Le nombre de nouveaux cas détectés augmente ainsi en Amérique du Sud, en Asie du Sud, en Europe centrale ou encore en Afrique. Et dans les pays où la situation s'améliore, "la plus grande menace est désormais le laisser-aller", a ajouté le responsable de l'OMS.

Selon les derniers chiffres de l'Université Johns Hopkins, au niveau mondial, l'épidémie a fait 406.616 morts dont plus de 111.000 aux USA. 7,12 millions de cas ont été confirmés à travers le monde, dont près de 2 millions aux Etats-Unis et plus de 707.000 au Brésil.

Les cours du pétrole ont fait l'objet de prises de bénéfices depuis hier, après la décision de l'Opep+, largement attendue, de prolonger d'un mois, jusqu'à la fin juillet, son accord de réduction drastique de la production. Le baril de brut léger américain WTI pour livraison juillet a cédé lundi 3,4% à 38,19$ sur le Nymex, tandis que le baril de Brent de la mer du Nord d'échéance août a reculé de 3,6% à 40,80$.

Samedi, les membres du cartel Opep et leurs partenaires, dont la Russie ont donc annoncé la prolongation pour un mois, jusqu'à la fin juillet, de leur accord conclu le 12 avril en vue de soutenir les cours de l'or noir. Toutefois, l'Arabie saoudite, qui avait donné l'exemple en effectuant des coupes volontaires supplémentaires, allant au-delà de l'accord Opep+, a indiqué lundi qu'elle allait dès la fin juin relever sa production pour revenir à un respect strict de l'accord. Dans le sillage de l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Koweït ont eux aussi décidé d'arrêter en juillet les coupes volontaires supplémentaires qu'ils s'étaient imposées en plus des coupes décidées au sein de l'accord Opep+.

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