Wall Street corrige, alors que le coronavirus se propage

Wall Street corrige, alors que le coronavirus se propage
Un trader sur le floor du New York Stock Exchange.

Boursier.com, publié le jeudi 30 janvier 2020 à 10h59

La peur prend le dessus à Wall Street ce jeudi. Le S&P500 recule de 0,6% avant bourse et le Nasdaq de 0,5%, alors que le DJIA abandonne 0,6%. L'indice dollar se stabilise à 98. Sur le Nymex, le baril de brut WTI régresse de 1,6% à 52,5$.

Les craintes concernent essentiellement la propagation rapide du coronavirus chinois, avec désormais 170 victimes et un nombre de cas approchant des 8.000. La province du Hubei reste la plus touchée, mais les cas se multiplient également à l'international. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) tient selon Bloomberg une réunion d'urgence ce jour afin de considérer une 'alarme' mondiale, face à ce développement rapide du virus. Dans le même temps, les gouvernements mondiaux et les entreprises accroissent les restrictions. La crise sanitaire affiche donc désormais des conséquences économiques indéniables, de plus en plus d'entreprises étant affectées.

Peter Navarro, conseiller commercial de la Maison blanche, a repoussé sur CNBC l'idée d'une levée des tarifs douaniers imposés à la Chine en cas d'impact significatif du coronavirus sur l'économie chinoise. Il a justifié une fois encore la persistance des taxes douanières, assurant par ailleurs la menée des discussions commerciales sino-américaines de 'phase 2'.

Sur le front économique outre-Atlantique ce jeudi, la lecture avancée (première des trois estimations) du PIB américain pour le quatrième trimestre 2019 sera communiquée à 14h30 (consensus au rythme de +2,1%, +1,9% pour les dépenses réelles de consommation, +2% pour l'indice des prix).

Les inscriptions hebdomadaires américaines au chômage pour la semaine close au 25 janvier seront dévoilées à la même heure (consensus 215.000).

La Bourse américaine n'est pas parvenue mercredi soir à conserver ses gains du début de la séance. Les indices ont fini proches de l'équilibre à la clôture, après la décision, pourtant anticipée, de la Fed de ne pas modifier ses taux directeurs. Le président de la Fed Jerome Powell a toutefois jeté un froid en citant le coronavirus chinois comme un "risque" potentiel pour la croissance mondiale, à "surveiller attentivement", tandis que plusieurs entreprises ont évoqué l'impact négatif de l'épidémie sur leurs activités en Chine. Les nombreux résultats d'entreprises ont été diversement accueillis : +10,3% pour General Electric, +2,1% pour Apple (qui a franchi un nouveau record), +1,7% pour Boeing, mais -2,1% pour Starbucks et -6% pour AMD.

A la clôture, l'indice Dow Jones a gagné 0,04% à 28.734 points, tandis que l'indice large S&P 500 a cédé 0,09% à 3.273 pts et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a grappillé 0,06% à 9.275 pts. Les trois indices gagnaient environ 0,5% avant les commentaires de Jerome Powell sur le virus 2019-nCoV.

La Réserve fédérale américaine a donc maintenu comme attendu, ses taux directeurs à leur niveau actuel. L'objectif de taux des "Fed funds", principal instrument de la politique monétaire aux Etats-Unis, reste donc fixé dans une fourchette de 1,50 à 1,75%, une décision qui a été prise à l'unanimité, a précisé la Fed dans son communiqué.

Après avoir abaissé ses taux par trois fois en 2019 face aux tensions commerciales et au ralentissement de la croissance, la banque centrale américaine a laissé entendre ces dernières semaines qu'elle ne modifierait pas ses taux pendant toute l'année 2020, sauf dégradation imprévue de la conjoncture.

Lors de sa conférence de presse, le président de la Fed, Jerome Powell, a affirmé voir des "signes de stabilisation" de la croissance mondiale après le ralentissement de 2019, mais il a ajouté que le coronavirus était "un risque" pour la croissance, qui "crée de l'incertitude pour les perspectives économiques mondiales", a-t-il souligné. "Au vu des incertitudes, je ne vais pas spéculer à ce stade... Nous surveillons attentivement la situation. Notre travail à terme, est de savoir quelles seront les conséquences (du virus 2019-nCoV : ndlr) pour l'économie américaine et pour le respect de notre double mandat" en tant que banque centrale, a ajouté M. Powell.

La Fed prévoit par ailleurs de réduire progressivement ses achats de bons du trésor à court terme lorsqu'elle aura atteint un "ample" niveau de réserves, sans doute "au courant du 2e trimestre" 2020 a indiqué Jerome Powell. La Fed intervient depuis l'automne dernier pour fournir de la liquidité au système bancaire et éviter des tensions sur les taux courts.

Tesla, qui avait déjà atteint les 105 milliards de dollars de capitalisation boursière à Wall Street, devrait 'exploser' ce record dès le début de séance ce jeudi. Le titre du constructeur californien de véhicules électriques s'envolait en effet de 12% en post-séance hier sur la cote américaine, suite à une publication trimestrielle sans faille - ou presque.

Le groupe d'Elon Musk, qui vient de décider d'une fermeture temporaire de son site de Shanghai face à l'épidémie de coronavirus, a amplement convaincu les investisseurs hier. Tesla a dépassé les anticipations en termes de revenus sur le quatrième trimestre et aligné pour la première fois deux trimestres consécutifs de profits, ce qui explique sans doute en grande partie le rallye récent, le titre ayant doublé en quelques mois. De plus, la production du Model Y du groupe débute, ce qui lui offre un intéressant levier de croissance.

Pour le quatrième trimestre fiscal, Tesla a réalisé des revenus de 7,4 milliards de dollars, en croissance de 2% en glissement annuel, contre un consensus d'environ 7 milliards de dollars à Wall Street. Un an plus tôt, à la même période, les recettes totalisaient 7,2 milliards. Le bénéfice net trimestriel a représenté 105 millions de dollars, en retrait de 25% en glissement annuel, mais il s'agit donc symboliquement du second trimestre bénéficiaire consécutif pour le groupe, ce qui entretient l'espoir que Tesla soit enfin en mesure de livrer une performance soutenue en matière de rentabilité. Le groupe évoque quant à lui une forte génération de cash flow, grâce au contrôle des coûts. Seul point un peu plus mitigé, la marge brute automobile a reculé de 1,13 point de pourcentage en comparaison de l'an dernier, à 18,8%. Le bénéfice ajusté trimestriel par action a atteint tout de même 2,06$, contre 1,72$ de consensus.

D'ici mi-2020, le groupe de Musk estime que son usine phare de Fremont, en Californie, sera en mesure de produire 500.000 unités sur un rythme annuel... Tesla affirme par ailleurs que la production du crossover Model Y a démarré en avance sur les plans ce mois. Ainsi, certains clients pourront recevoir leurs véhicules dès le mois de mars. En tenant compte du Model 3, le site de Fremont aurait actuellement la capacité de produire 400.000 véhicules par an. Tesla entend par ailleurs livrer plus de 500.000 véhicules électriques en 2020.

La fermeture temporaire du site de Shanghai pourrait avoir, admet le groupe, un impact léger sur la rentabilité du trimestre en cours, mais le process de production de l'usine se déroule sinon "comme prévu". Tesla envisage d'ailleurs de renforcer par la suite la production de son modèle "grand public". La production du site doit être portée à 250.000 unités par an, avec le Model Y.

En 2019, Tesla est parvenu à générer plus d'un milliard de dollars de free cash flow tout en construisant son site de Shanghai en un temps record et en travaillant sur la mise en production du Model Y, se réjouit Musk. La trésorerie du groupe atteint 6,3 milliards de dollars. Les dépenses opérationnelles n'ont quant à elles progressé que de 1% à 1,03 Md$ sur le trimestre clos. La dette reste tout de même conséquente à 13,4 milliards de dollars.

Très attendu sur ses comptes trimestriels, Microsoft n'a pas déçu mercredi soir. Le géant informatique américain a dépassé les attentes des analystes tant en termes de bénéfices que de revenus pour son 2e trimestre fiscal achevé fin décembre. Les revenus de l'informatique dématérialisée (cloud computing) ont bondi de 62%.

Le groupe dirigé par Satya Nadella a publié après la clôture de Wall Street un bénéfice net de 11,65 milliards de dollars, soit 1,51$ par action, en hausse de 40% par rapport au même trimestre de 2019 (1,08$ par action). Les ventes du groupe ont atteint 36,9 Mds$, en hausse de 13,5% par rapport aux 32,47 Mds$ du 2e trimestre fiscal 2018. Le consensus tablait sur un bénéfice par action de 1,32$ et des ventes de 35,67 Mds$, selon le cabinet Factset.

Dans le détail, la division cloud computing (qui comprend aussi les produits pour serveurs) a dégagé un chiffre d'affaires de 11,9 Mds$ contre 9,38 Mds$ il y a un an (+27%), avec une croissance de 62% pour la seule offre cloud "Azure". Les analystes s'attendaient à des ventes "cloud" de 11,4 Mds$. Les ventes de produits pour PC, la branche historique du groupe avec Windows, ont augmenté de 1,7% à 13,21 Mds$ contre 12,99 Mds$ un an plus tôt, et 12,85 Mds$ attendu par les marchés. La branche logiciels, comprenant la suite bureautique Office, a bondi de 17% pour atteindre des ventes de 11,83 Mds$ contre 10,1 Mds$ un an plus tôt, alors que les analystes s'attendaient à 11,43 Mds$.

Les marchés attendent des ventes record de la part d'Amazon au 4ème trimestre 2019, dont les comptes seront publiés ce jeudi soir après la clôture de la bourse de New York. Le géant américain du e-commerce devrait avoir dopé ses revenus grâce à l'essor de la livraison en un jour ouvré, même si cette stratégie agressive devrait peser à court terme sur les marges bénéficiaires du groupe.

Le consensus établi par le cabinet FactSet table ainsi sur un recul du bénéfice net par action à 4,05$ contre 6,04$ pour la même période de 2018. Les revenus sont en revanche attendus en forte hausse de 19% pour dépasser les 86 milliards de dollars, contre 72,38 Mds$ un an plus tôt.

Les analystes surveilleront de près les revenus tirés des colis livrés en un jour ouvré. Amazon a déjà fait savoir que la saison des fêtes, notamment le Cyber Monday, avait permis au groupe de battre des records, sans donner d'indications chiffrées. La livraison en un jour pèsera sur les marges d'Amazon, qui a investi plus de 800 millions de dollars l'an dernier pour y parvenir, mais les analystes estiment que cette livraison rapide sera un argument de vente décisif pour le groupe face à la concurrence, et devrait permettre d'accroître son chiffre d'affaires.

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