Wall Street corrige, au terme d'une semaine éprouvante

Wall Street corrige, au terme d'une semaine éprouvante
Trader sur le floor du New York Stock Exchange.

Boursier.com, publié le vendredi 15 mai 2020 à 13h19

Wall Street perd du terrain avant bourse ce vendredi, au terme d'une semaine mouvementée. Les attaques de Trump contre la Chine ne sont pas du goût des opérateurs, déjà fébriles du fait des risques liés aux déconfinements. Dans ce contexte, le S&P500 abandonne 0,8% en pré-séance et le Nasdaq 0,7%. Le baril de brut WTI avance de 1,3% sur le Nymex à près de 28$. L'once d'or se stabilise à 1.743$.

Selon l'Université Johns Hopkins, l'épidémie du nouveau coronavirus a contaminé désormais 4,44 millions de personnes dans le monde dont 1,42 million aux Etats-Unis. Le Covid-19 a causé près de 86.000 décès aux USA, 34.000 au Royaume-Uni et plus de 31.000 en Italie. La pandémie a fait plus de 302.000 morts dans le monde.

Les craintes de deuxième vague sont donc tangibles avec le redémarrage de l'activité et les mesures de déconfinement. L'Organisation Mondiale de la Santé a même prévenu cette semaine que le virus pourrait devenir endémique et ne jamais disparaître.

Les marchés bénéficient, certes, du soutien des banques centrales. Mais ce dernier a ses limites, comme l'a démontrée cette semaine l'intervention du président de la Fed, Jerome Powell, qui s'est refusé à envisager l'idée de taux négatifs. Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, sera pour sa part auditionné mardi par la commission bancaire du Sénat.

Donald Trump reste quant à lui agressif vis-à-vis de Pékin. Le président américain a suggéré encore qu'il pourrait rompre les liens avec la Chine, jugée responsable de la propagation du virus.

L'actualité économique est assez fournie ce jour outre-Atlantique, avec en particulier les ventes américaines de détail pour le mois d'avril 2020 (14h30). Elles se seraient effondrées de plus de 11% en comparaison du mois antérieur, selon le consensus de place. Hors automobile, leur chute atteindrait encore 8,6%. Hors automobile et essence, enfin, le consensus est logé à -7,6%.

L'indice manufacturier Empire State de la Fed de New York pour le mois de mai 2020, qui sera publié à la même heure, est quant à lui attendu à -65, traduisant ici encore une très forte contraction de l'activité pour le second mois consécutif.

La Fed communiquera pour sa part à 15h15 les chiffres de la production industrielle américaine du mois d'avril (consensus -11,5% en comparaison du mois antérieur, -11,4% pour la production manufacturière, 64,1% pour le taux d'utilisation des capacités).

Les stocks et ventes des entreprises américaines pour le mois de mars seront révélés à 16 heures (consensus -0,5% en comparaison du mois antérieur pour les stocks).

L'indice préliminaire du sentiment des consommateurs américains pour le mois de mai 2020, mesuré par l'Université du Michigan, sera annoncé à 16 heures (consensus 66).

Le rapport JOLTS du Département au Travail concernant les ouvertures de postes aux Etats-Unis pour le mois de mars sera annoncé à la même heure (consensus 5,9 millions).

Les dernières données de conjoncture en Europe sont peu reluisantes, comme prévu. Ainsi, la décroissance de la zone euro pour le premier trimestre 2020 a été confirmée à -3,8%, en ligne avec le consensus de place.

Au cours du premier trimestre 2020, le PIB corrigé des variations saisonnières a diminué de 3,8% dans la zone euro (ZE19) et de 3,3% dans l'UE par rapport au trimestre précédent, selon l'estimation rapide publiée par Eurostat, office statistique de l'Union européenne.

Il s'agit des reculs les plus importants depuis le début des séries temporelles en 1995. En mars 2020, le dernier mois de la période de référence, les mesures de confinement liées au Covid-19 ont commencé à être largement mises en place par les Etats membres. Au cours du quatrième trimestre 2019, le PIB avait augmenté de 0,1% dans la zone euro et de 0.2% dans l'UE.

En comparaison avec le même trimestre de l'année précédente, le PIB corrigé des variations saisonnières a enregistré une baisse de 3,2% dans la zone euro et de 2,6% dans l'UE au premier trimestre 2020, après respectivement +1,0% et +1,3% au trimestre précédent. Il s'agit des baisses les plus importantes depuis le troisième trimestre 2009 (-4,5% pour la zone euro et -4,4% pour l'UE).

Le nombre de personnes ayant un emploi a diminué de 0,2% tant dans la zone euro que dans l'UE au premier trimestre 2020 par rapport au trimestre précédent. Il s'agit du premier recul depuis le deuxième trimestre 2013 pour la zone euro et depuis le premier trimestre 2013 pour l'UE. Au cours du quatrième trimestre 2019, l'emploi avait augmenté de 0,3% dans les deux zones. Par rapport au même trimestre de l'année précédente, l'emploi a augmenté de 0,3% tant dans la zone euro que dans l'UE au premier trimestre 2020, après respectivement +1,1% et +1,0% au quatrième trimestre 2019. Il s'agit des taux de croissance les plus faibles depuis le premier trimestre 2014 pour la zone euro et depuis le quatrième trimestre 2013 pour l'UE.

Après un démarrage dans le rouge vif, la bourse de New York a fini hier en hausse, malgré les mises en garde de la Fed sur une reprise lente, et l'annonce d'une nouvelle flambée du chômage aux Etats-Unis. Les investisseurs se sont intéressés aux valeurs bancaires et de l'énergie, qui ont été massacrées depuis le début de la crise du coronavirus. Le pétrole WTI a flambé de 9% après des prévisions un peu moins pessimistes de l'Agence internationale de l'énergie (AIE). De nouvelles attaques de Donald Trump contre la Chine ont cependant entretenu la nervosité.

A la clôture, l'indice Dow Jones a avancé de 1,62% à 23.625 points, tandis que l'indice large S&P 500 a gagné 1,15% à 2.852 pts, et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a repris 0,91% à 8.943 pts.

Mardi et mercredi, les trois indices boursiers américains avaient chuté de l'ordre de 4% en deux séances, plombés par les craintes d'une reprise plus lente que prévue de l'économie face à la crise du coronavirus. Mercredi, le président de la Fed, Jerome Powell, s'est ainsi montré très prudent, en évoquant une "période prolongée" de croissance faible, conjuguée à une stagnation des revenus aux Etats-Unis. "La reprise pourrait prendre un certain temps pour s'accélérer, et le passage du temps pourrait transformer les problèmes de liquidité en problèmes de solvabilité", a prévenu le patron de la banque centrale américaine, ajoutant que la Fed restait prête à "utiliser tous les outils" nécessaires pour soutenir l'économie.

Jerome Powell a cependant répété sa réticence à porter les taux directeurs en terrain négatif, une mesure que Donald Trump ne cesse de réclamer. Des taux négatifs allégeraient le poids de la dette de l'Etat, dans une période où ses dépenses (et donc ses émissions de dette) ont explosé, faisant flamber le déficit budgétaire à un niveau record en avril.

Jeudi, le président de la Fed de Minneapolis, Neel Kashkari a exclu l'hypothèse d'une reprise économique rapide en forme de "V", et a lui aussi prévenu que la reprise devrait être "longue et lente".

Quant au rebond observé en Bourse depuis le 23 mars, il ne constitue pas un signal sur l'état de l'économie, a estimé le responsable de la Fed lors d'une table ronde virtuelle diffusée en ligne. "Les stock pickers jouent juste à la devinette. A ce stade, je préfère écouter les experts de la santé que les investisseurs", a ajouté M. Kashkari...

Sur le front commercial et géopolitique, Donald Trump a une nouvelle fois attisé les tensions avec la Chine. Dans un entretien à la chaîne 'Fox Business Network', le président américain a affirmé jeudi qu'il était "très déçu" par la Chine, et n'a pas exclu de rompre toute relation avec le pays, dont il ne souhaite pas rencontrer le président, Xi Jinping...

"J'ai une très bonne relation (avec Xi) mais pour le moment, je ne veux pas lui parler", a-t-il asséné, provoquant l'inquiétude des marchés. Et d'ajouter : "Il y a beaucoup de choses que nous pourrions faire. Nous pourrions rompre l'intégralité de notre relation. Si nous le faisions, que se passerait-il ? Vous économiseriez 500 milliards de dollars." Ce montant étant une allusion au montant estimé des importations américaines en provenance de Chine, que Donald Trump assimile régulièrement à de l'argent perdu.

Donald Trump s'est ainsi déclaré "très déçu" par l'incapacité de la Chine à contenir la propagation du Covid-19, et a répété que la pandémie pourrait remettre en cause l'accord commercial signé en janvier entre les deux premières puissances économiques mondiales. L'accord dit de "Phase 1" prévoit que Pékin augmente d'au moins 200 milliards de dollars sur deux ans ses achats de biens et de services américains ; en contrepartie, Washington doit réduire les droits de douane imposés aux produits chinois importés aux États-Unis depuis le début du conflit entre les deux pays. Toutefois, selon la presse chinoise, Pékin souhaiterait renégocier cet accord, ce que refuse fermement Washington.

Les valeurs

Applied Materials, le géant américain des équipements destinés à la production de semi-conducteurs, a publié hier soir des comptes sans grand relief pour son second trimestre fiscal. Le groupe a réalisé un bénéfice net de 755 millions de dollars soit 82 cents par titre, contre 666 millions de dollars et 70 cents par action un an auparavant. Les revenus se sont appréciés de 12% à 3,96 milliards de dollars. Le consensus FactSet était logé à 93 cents de bénéfice par action pour 4,1 milliards de dollars de facturations. Le groupe estime cependant que la demande sous-jacente demeure solide...

Les dernières annonces du 'fondeur' TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Co.), qui prévoit d'établir une usine de 12 milliards de dollars en Arizona, constituent d'ailleurs, outre une victoire pour Trump, le signal que l'industrie ne se porte pas si mal.

Nike a fait le point jeudi soir sur son activité, à l'approche de la fin de son 4e trimestre fiscal, le 31 mai prochain. Le groupe, qui ne publiera les résultats du trimestre que vers le 26 juin prochain, a indiqué qu'il avait commencé à rouvrir des magasins, notamment aux Etats-Unis, mais a prévenu que la crise du coronavirus continuait d'avoir un "impact significatif" sur ses activités en Amérique du Nord, dans certaines parties d'Europe et en Asie. Le géant américain des équipements sportifs a précisé que la demande des consommateurs en ligne était "toujours forte" via internet et les applications mobiles, ce qui "compensait partiellement" les pertes des magasins physiques.

En Chine et en Corée du Sud, tous les magasins Nike détenus en propre, et plus de 95% des magasins partenaires sont désormais rouverts, et connaissent une affluence en hausse, mais qui demeure inférieure à ses niveaux de l'année précédente. Nike a commencé à rouvrir ses boutiques dans plus de 15 pays, dont l'Allemage, la France, les Pays-Bas, le Brésil et les Etats-Unis.

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