Wall Street corrige, prises de profits légitimes ?

Wall Street corrige, prises de profits légitimes ?
Trader sur le floor du New York Stock Exchange.

Boursier.com, publié le jeudi 11 juin 2020 à 11h14

La cote américaine souffre avant bourse ce jeudi, le S&P500 abandonnant 1,8% et le Nasdaq 1,4%, contre un recul de 2,2% de l'indice historique Dow Jones. Le baril de brut abandonne 3,6% sur les 38$ sur le Nymex, alors que le Brent régresse de 3,2%. L'once d'or gagne 1,2% à 1.742$.

Les opérateurs saisissent le prétexte des perspectives économiques déprimées fournies hier soir par la Fed de Jerome Powell pour prendre des bénéfices après le rallye. La Fed a promis hier soir de continuer à soutenir l'économie pendant plusieurs années après la crise du coronavirus, qui pourrait selon la banque se solder par une chute du produit intérieur brut des Etats-Unis de 6,5% cette année et porter le taux de chômage à 9,3% en fin d'année. L'objectif de taux des fonds fédéraux sera maintenu à son niveau (proche de zéro) jusqu'en 2022 au moins.

En outre, les investisseurs sont préoccupés par la reprise du nombre de cas des contaminations aux Etats-Unis après cinq semaines de déclin. Selon un bilan Reuters, le nombre de personnes contaminées aux Etats-Unis a dépassé les 2 millions hier mercredi. Ce triste cap est confirmé par les dernières données de l'Université Johns Hopkins, laquelle fait par ailleurs état de 7,36 millions de cas confirmés au niveau mondial depuis le début de l'épidémie. Le Brésil compte pour sa part 772.416 cas confirmés, contre 493.023 en Russie et 291.588 au Royaume-Uni. La pandémie de Covid-19 a fait plus de 416.000 morts au niveau mondial, dont près de 113.000 aux USA, plus de 41.000 au Royaume-Uni et près de 40.000 au Brésil.

Ashish Jha, dirigeant de l'institut de santé mondiale de Harvard, a affirmé sur CNN que le nombre de morts aux Etats-Unis continuerait de grimper si aucune mesure drastique n'était prise. Le spécialiste pense que "même si nous stabilisons les choses", il est "raisonnable de s'attendre à atteindre les 200.000 décès à un moment donné en septembre" aux USA. "Et cela est seulement pour courant septembre. La pandémie ne s'arrêtera pas en septembre", a précisé l'expert. Jha juge que l'aggravation du bilan de l'épidémie est liée au fait que les Etats-Unis étaient le seul grand pays à avoir déconfiné sans avoir placé sous contrôlé le taux d'infection. Selon lui, des décès supplémentaires pourraient être évités en appliquant un important programme de dépistage et en mettant l'accent sur la distanciation et l'utilisation des masques.

Dans l'actualité macroéconomique ce jour aux USA, les inscriptions au chômage pour la semaine close au 6 juin seront communiquées à 14h30 par le Département au Travail (consensus 1,565 million). L'indice des prix à la production du mois de mai sera révélé à la même heure (consensus +0,1% en comparaison du mois antérieur, -0,1% hors alimentaire et énergie).

La bourse de New York a vécu une fin de séance volatile hier mercredi, après les annonces de la Réserve fédérale, qui a indiqué que ses taux directeurs resteraient proches de zéro jusqu'à la fin 2022, pour favoriser la reprise économique qui s'annonce lente. Le Dow Jones et le S&P 500 ont brièvement grimpé après la Fed, mais ont fini en baisse... Le Nasdaq a poursuivi son rallye, franchissant le seuil psychologique des 10.000 points pour la première fois de son histoire. Les cours du pétrole ont progressé, malgré un bond surprise des stocks de brut aux Etats-Unis.

A la clôture, le Dow Jones a cédé 1,04% à 26.989 points, tandis que l'indice large S&P 500 a lâché 0,53% à 3.190 pts. Mais le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a encore progressé de 0,67% à 10.020 pts, un nouveau record après celui inscrit mardi soir à 9.953 pts.

Après leurs plus bas de mars, les bourses mondiales ont puissamment rebondi ces dernières semaines, soutenues par un reflux de la pandémie de coronavirus en Europe et aux Etats-Unis, qui entretient les espoirs de reprise économique rapide à partir du 3e trimestre. Le rebond a cependant porté les niveaux de valorisation des actions américaines à leur plus haut niveau depuis des décennies, ce qui les rend vulnérables à toute mauvaise surprise.

Dans ce contexte, les annonces de la Fed et de son président Jerome Powell, ont été soigneusement décortiquées par les acteurs du marché. La Réserve fédérale américaine a comme prévu maintenu les taux directeurs à leur nouveau actuel, proche de zéro, et a répété sa volonté de mettre en oeuvre l'ensemble de ses outils pour sortir l'économie américaine de l'ornière dans laquelle l'a plongée la crise du coronavirus.

Même si le pire semble passé, la Réserve fédérale s'est placée dans l'optique d'une reprise économique lente, qui exigera de maintenir les taux directeurs proches de zéro jusqu'à la fin 2022. Le PIB des Etats-Unis devrait chuter de 6,5% cette année, avant un rebond partiel de 5% en 2021, mais il ne devrait retrouver son niveau d'avant la crise que courant 2022, selon les nouvelles projections de la Fed, les premières depuis décembre 2019. Quant au taux de chômage, il devrait s'établir à 9,3% fin 2020 (contre 13,3% en mai), mais sa décrue sera ensuite lente.

Le président de la Fed Jerome Powell a indiqué que "nous ne pensons même pas à penser à relever les taux"... Lors de sa conférence de presse, il a ajouté que les "mois qui viennent seront cruciaux pour comprendre ce qui se passe vraiment dans l'économie", en insistant que les "grandes incertitudes" pesant sur l'avenir.

La Fed constate que les conditions de financement se sont améliorées ces dernières semaines, en partie grâce à ses actions massives de soutien de l'économie. Toutefois, la pandémie va "peser lourdement" sur l'activité économique, l'emploi et l'inflation à court terme, et elle représente "un risque considérable pour les perspectives économiques sur le moyen terme" aux Etats-Unis, estime la banque centrale.

Les cours du pétrole ont été volatils mercredi, chutant après l'annonce d'une nette hausse des stocks de pétrole aux Etats-Unis, mais retrouvant ensuite le chemin de la hausse. Le baril de brut léger américain WTI pour livraison juillet a gagné 1,7% à 39,60$ sur le Nymex, tandis que le baril de Brent de la mer du Nord d'échéance août a grimpé de 1,3% à 41,73$.

Aux Etats-Unis, les stocks de pétrole pour la semaine close au 5 juin ont augmenté de 5,7 millions de barils à 538,1 millions de barils, alors que le consensus tablait au contraire sur un recul de 1,9 million de barils à la faveur du redémarrage de l'économie américaine. Les cours restent cependant soutenus par la perspective d'une baisse de la production, tant du côté de l'Opep+ que des pays tiers, à commencer par les Etats-Unis, où le nombre de puits en activité a plongé au plus bas depuis la mi-2009.

Les grandes institutions continuent d'ajuster leurs prévisions à l'aune de la pandémie de Covid-19. Après la Banque mondiale lundi, c'est au tour de l'OCDE de publier ce mercredi ses nouvelles projections de profonde récession pour 2020, suivie d'un rebond rapide mais partiel en 2021. Le PIB mondial devrait ainsi se contracter d'au moins 6% cette année, selon l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (la Banque mondiale tablait, elle, sur -5,2%). En 2021, le rebond devrait atteindre 5,2% (contre +4,2% pour la Banque mondiale).

Outre ce scénario central, l'OCDE envisage un scénario du pire, en cas de deuxième vague de coronavirus : le PIB mondial chuterait alors de 7,6% en 2020, suivi d'une reprise plus timide, limitée à 2,8% l'an prochain. Aux Etats-Unis, l'OCDE prévoit une contraction du PIB de 7,3% cette année, avant un rebond de 4,1% l'année prochaine. Dans l'éventualité d'une seconde vague, la récession serait de 8,5% cette année, et le PIB américain ne regagnerait que 1,9% en 2021.

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