Wall Street dans le rouge, Trump inflexible face à Erdogan

Wall Street dans le rouge, Trump inflexible face à Erdogan©Boursier.com

Boursier.com, publié le vendredi 17 août 2018 à 12h34

Wall Street, qui rebondissait hier (+1,58% sur le Dow Jones et +0,42% pour le Nasdaq) avec Walmart et Cisco, en attendant la reprise des négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine, fléchit prudemment avant bourse ce vendredi. La cote américaine consolide donc ses gains récents, avec l'incertitude concernant la crise turque. Le S&P500 est attendu en retrait de 0,2%. Le Nasdaq affiche des pertes comparables avant bourse.

La crise turque pèse encore

Sur le marché des changes, l'euro se redresse de 0,1% à 1.138$. La livre turque replonge par contre, puisque le dollar évolue maintenant en progression de près de 4% à 6,06 livres. L'engagement de l'émir du Qatar Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, qui entend soutenir Erdogan en investissant 15 milliards de dollars en Turquie, n'aura donc pas soutenu bien longtemps la monnaie locale. Il faut dire que les Etats-Unis maintiennent la pression pour obtenir la libération du pasteur américain Andrew Brunson, soupçonné de terrorisme par la Turquie. "La Turquie a tiré profit des Etats-Unis pendant de nombreuses années. Ils détiennent maintenant notre merveilleux Pasteur Chrétien, à qui je dois désormais demander de représenter notre Pays en tant que grand otage patriote. Nous ne paierons rien pour la libération d'un homme innocent, mais nous sanctionnerons la Turquie!", a asséné Trump sur Twitter.

Turkey has taken advantage of the United States for many years. They are now holding our wonderful Christian Pastor, who I must now ask to represent our Country as a great patriot hostage. We will pay nothing for the release of an innocent man, but we are cutting back on Turkey! >- Donald J. Trump (@realDonaldTrump)

Le Secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a également prévenu que Washington allait décider de sanctions supplémentaires si Ankara ne libérait pas le pasteur Brunson. La Turquie a assuré ce jour qu'elle répliquerait en pareil cas.

Sur le marché des matières premières et métaux, la tendance reste volatile, après la chute générale observée avant-hier. Le pétrole prend 0,4% à 65,8$ le baril WTI sur le Nymex, alors que le Brent s'adjuge 0,8% à 72$. Cuivre, argent ou or fléchissent en revanche. Les matières premières alimentaires sont également en retrait...

Washington et Pékin vont discuter

Les opérateurs placent quelques espoirs dans de nouveaux échanges entre les USA et la Chine. Des discussions officielles avaient déjà eu lieu en juin à Pékin, entre le Secrétaire américain au commerce Wilbur Ross et le vice-premier ministre chinois Liu He. Cette fois, une délégation chinoise menée par le vice-ministre au Commerce, Wang Shouwen, va rencontrer des représentants américains menés par le Secrétaire du Trésor pour les affaires internationales, David Malpass. Wang Shouwen et ses camarades se rendront donc aux Etats-Unis pour mener des négociations commerciales à la fin du mois. Les Etats-Unis sont à l'origine de ces négociations. Pékin s'est pour sa part félicité de ces discussions, en précisant bien toutefois qu'il n'accepterait aucune mesure unilatérale.

Après un affrontement brutal...

Rappelons que la Chine va imposer le 23 août des droits de douane de 25% sur 16 milliards de dollars de produits importés des États-Unis. Il s'agit d'une réplique à la décision de Washington d'imposer des taxes comparables, à cette même date, à un montant équivalent de produits provenant de Chine. Pékin et Washington s'étaient déjà infligés des taxes réciproques sur des produits représentant environ 34 milliards de dollars. Le Président américain Donald Trump s'est même dit prêt à taxer la totalité des importations chinoises, puisqu'il envisageait le mois dernier d'imposer des droits de douane supplémentaires sur... 500 milliards de dollars d'importations en provenance de Chine.

Le nouveau volet de négociation n'implique pas de très haut responsable, et les précédents volets n'avaient pas accouché de grands progrès. Les marchés financiers pourraient donc attendre d'en savoir plus avant de trop s'enthousiasmer.

Quelques 'stats' outre-Atlantique

Sur le front économique aux Etats-Unis ce jour, l'indice préliminaire du sentiment des consommateurs américains pour le mois d'août 2018, mesuré par l'Université du Michigan, sera communiqué à 16 heures (consensus 97,9). L'indice des indicateurs avancés du Conference Board pour le mois de juillet sera lui aussi révélé à 16h (consensus +0,4% en comparaison du mois antérieur).

Deere publiera avant bourse ce jour à Wall Street ses derniers résultats financiers trimestriels. Rappelons qu'Applied Materials a pour sa part déçu hier soir par ses prévisions financières. Nvidia n'a pas convaincu non plus, alors que Nordstrom devraient à l'inverse connaître une très belle séance ce jour.

Amat et Nvidia déçoivent, Nordstrom dopé par internet

Applied Materials, colosse des équipements destinés à la production de semi-conducteurs, qui fournit notamment Samsung, TSMC ou Intel, décroche avant bourse ce vendredi à Wall Street. Le groupe a publié hier soir des résultats trimestriels supérieurs aux attentes, mais les prévisions ont visiblement laissé le marché sur sa faim. Pour le troisième trimestre fiscal clos fin juillet 2018, le groupe a fait état d'un bénéfice net en forte progression de 27% à 1,17 Md$, et de revenus en croissance de 19% à 4,47 Mds$. Le bénéfice ajusté par action s'est élevé à 1,20$, contre 1,17$ de consensus. Les ventes de la division 'semis' ont grimpé de 8% à 2,75 Mds$. Le segment 'display' (écrans plats et affichage de smartphone) a affiché une forte expansion de plus de 80% à 741 M$.

Pour le quatrième trimestre fiscal cette fois, le chiffre d'affaires est anticipé entre 3,85 et 4,15 Mds$. Le bpa ajusté est attendu pour sa part entre 92 cents et 1$. Le consensus était de 1,17$ de bpa ajusté pour 4,46 Mds$ de revenus. Il serait donc largement manqué.

Alphabet. Plusieurs centaines d'employés de Google (Alphabet) auraient signé une pétition, protestant contre les plans de développement d'une version chinoise de son moteur de recherche, rapporte notamment le 'New York Times'. La lettre aurait obtenu plus d'un millier de signataires (environ 1.400 selon le NYT), alors que Google entendrait travailler sur un moteur de recherche adapté à la Chine. Dans leur message, les employés du groupe de Mountain View s'interrogent notamment sur les aspects éthiques et moraux d'un tel travail, compte tenu bien évidemment de la censure locale, ainsi que sur les questions de transparence et la supervision d'un tel projet.

Hier, le directeur général du groupe Sundar Pichai a pourtant bien précisé, à l'occasion d'une réunion dont 'Reuters' a obtenu les éléments, que Google n'était pas près de lancer un tel moteur de recherche en Chine. Pichai a ainsi affirmé que le développement n'en était qu'à un stade initial. Le dirigeant a aussi estimé que le fait de fournir plus de services au pays le plus peuplé au monde... entrait bien dans le cadre de la mission globale de Google.

Tesla reste surveillé à Wall Street, après la controverse entourant les plans de sortie de la cote de son patron Elon Musk. Le 'Wall Street Journal' évoque aujourd'hui une enquête des régulateurs de la SEC qui aurait débuté dès l'an dernier, concernant la communication financière autour de la production du Model 3. Il s'agit de déterminer si Tesla a tenté de tromper les investisseurs à propos des problèmes de production de son modèle 'grand public'... Le dossier Tesla de la SEC semble s'être épaissi il y a quelques jours, puisque selon plusieurs médias anglo-saxons, le gendarme américain de marché se penche désormais sur les derniers 'tweets' et messages de Musk à propos de son projet de sortie de la cote du groupe. Les régulateurs américains auraient aussi demandé des informations aux administrateurs de Tesla, cherchant à savoir ce qu'ils savaient des plans en question, d'après l'une des sources du Wall Street Journal.

Elon Musk, pour sa part, vient de livrer sa confession au prestigieux 'New York Times'. "L'année passée a été la plus difficile et douloureuse de ma carrière", a ainsi introduit Musk, évoquant une année tout simplement "atroce". Accusé de tous les maux, le dirigeant de Tesla explique que son 'tweet' à propos de la sécurisation du financement de la sortie de la cote, qui avait tant fait jaser et ferait donc l'objet d'une investigation de la SEC, visait juste à faire preuve de transparence. Malgré les remous et l'enquête présumée, Musk ne regrette donc pas son fameux tweet sur le "financement garanti". Rappelons que le dirigeant a par ailleurs récemment détaillé ses échanges avec un fonds souverain saoudien, qui aurait les reins assez solides pour garantir à lui seul une telle opération de plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Nvidia cède 4% en pré-séance à Wall Street après les comptes. Le géant des processeurs graphiques, qui estime visiblement que le 'boom' des crypto-devises est terminé pour le moment, a publié tout de même des comptes supérieurs aux attentes pour le second trimestre fiscal. Les revenus se sont envolés de 40% à 3,12 Mds$, alors que le bénéfice net a atteint 1,1 Md$ soit 1,76$ par titre. Le profit net a donc quasiment doublé en glissement annuel, puisqu'il se situait à 583 M$ un an auparavant. Le bénéfice ajusté par action est ressorti à 1,94$, contre 1,85$ de consensus. Le groupe explique que les ventes liées au minage de cryptomonnaies sur le second trimestre ont été très inférieures aux attentes, à 18 M$, contre une anticipation de 100 M$ sur les produits 'spécifiques aux cryptos'. Les revenus totaux du troisième trimestre sont attendus entre 3,19 et 3,32 Mds$, contre 3,34 Mds$ de consensus.

Nordstrom bondit avant bourse à Wall Street, après avoir publié des comptes trimestriels dopés par les ventes sur internet. Le détaillant américain a par ailleurs relevé ses prévisions financières. Le bénéfice net du second trimestre fiscal s'est élevé à 162 M$ soit 95 cents par titre, contre 86 cents de consensus. Les revenus ont atteint 4,07 Mds$ (+7%), contre 3,97 Mds$ de consensus de place. Les ventes digitales ont affiché une belle croissance de 23% en glissement annuel, et représentent désormais plus du tiers des facturations. Les ventes traditionnelles à comparable ont augmenté de 4%. Les ventes annuelles sont désormais attendues entre 15,4 et 15,5 Mds$, contre une fourchette antérieure allant de 15,2 à 15,4 Mds$. Le bénéfice annuel par action est anticipé entre 3,50 et 3,65$, contre 3,35-3,55$ précédemment et 3,46$ de consensus.

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