Wall Street dégringole encore, la Fed pourrait pourtant faire une pause

Wall Street dégringole encore, la Fed pourrait pourtant faire une pause
Traders travaillant sur le floor du New York Stock Exchange américain.

Boursier.com, publié le vendredi 07 décembre 2018 à 13h41

Wall Street est attendu de nouveau en assez forte baisse avant bourse ce vendredi, malgré les rumeurs relatives à la Fed, qui pourrait marquer une pause après le durcissement monétaire attendu le 19 décembre. Le S&P500 est attendu en retrait de 0,5%, alors que le Nasdaq abandonne 0,7%. La fébrilité se confirme donc, les investisseurs préférant visiblement jouer la sécurité à l'approche de la fin de l'année. Le 'Wall Street Journal' croit pourtant savoir que la Banque centrale américaine pourrait faire une pause, après une hausse de taux d'un quart de point donnée pour quasiment certaine à l'issue de la réunion des 18 et 19 décembre.

Plus souple, la Fed de Powell ?

Selon l'outil FedWatch du CME Group, la probabilité actuelle que le taux des fonds fédéraux soit porté entre 2,25 et 2,50% le 19 décembre est de près de 75%, contre 25% pour la 'proba' d'un statu quo. Comme la Fed n'aime pas contrarier les marchés, cette prévision devient en quelque sorte autoréalisatrice, et la probabilité d'un tour de vis d'un quart de point est donc sans doute encore bien plus importante. Il s'agirait alors de la quatrième et dernière hausse des taux de l'année 2018. La suite des événements est bien plus incertaine, la probabilité d'une nouvelle augmentation des taux d'un quart de point étant anecdotique pour le 30 janvier 2019 (réunion FOMC suivante), mais plus conséquente pour le 20 mars (30% de chances d'un taux allant de 2,50 à 2,75%)...

Le Wall Street Journal va encore un peu plus loin, et estime que la Fed devrait considérer une approche attentiste après la hausse de taux du 19 décembre. Ainsi, le WSJ juge que la Banque centrale américaine ne sait pas encore quelle sera la date de la remontée des taux suivante.

Une pause de la Fed constituerait une victoire de Donald Trump, qui milite pour l'arrêt de la hausse des taux depuis de longs mois et ne cesse de critiquer ouvertement la politique de Jerome Powell. Le Président de la Fed devait livrer mercredi son témoignage devant le Joint Economic Committee du Congrès américain, mais l'événement a été annulé en raison de la journée de deuil national en hommage au Président George H.W. Bush. L'intervention sera reprogrammée.

Les espoirs commerciaux n'ont pas fait long feu

Rappelons que le début de semaine avait été marqué par une réaction positive à l'accord de trêve commerciale de 90 jours entre les États-Unis et la Chine. Depuis, les choses se sont grandement compliquées. Le Président américain Donald Trump a ainsi inquiété les opérateurs en soufflant le chaud et le froid sur le réseau social média Twitter qu'il affectionne tant... Sur le marché obligataire, le rendement du '10 ans' américain s'affiche à 2,89% ce jour.

Pétrole sous pression avec l'OPEP

Sur le marché des changes ce vendredi, l'indice dollar, qui mesure les fluctuations du billet vert face à un panier de devises, se stabilise à 96,8. Sur le Nymex, les prix du pétrole demeurent extrêmement volatils, en attendant le verdict de l'OPEP qui se réunit depuis hier, mais ne semble pas vouloir réduire trop fortement sa production... Le baril de brut WTI (contrat de janvier) remonte actuellement timidement de 0,7% à 51,9$.Les ministres du pétrole de l'OPEP, de la Russie et d'autres producteurs majeurs se réunissent à Vienne afin de revoir leur accord actuel de production, une décision étant attendue demain. Selon les derniers rapports médias, l'OPEP et ses alliés pourraient finalement opter pour une réduction de leur offre un peu moins importante qu'auparavant estimé. Les opérateurs anticipaient jusqu'à présent une baisse de l'ordre de 1,3 million de barils par jour.En attendant, les opérateurs ont pris hier connaissance du dernier rapport hebdomadaire du Département à l'énergie concernant les stocks pétroliers domestiques américains. Ce rapport était surtout marqué par une chute inattendue (de par son ampleur) des stocks de brut hors réserve stratégique, en vif déclin de 7,3 millions de barils en comparaison de la précédente semaine, contre -1,3 million de consensus. Sur cette semaine close au 30 novembre, les stocks d'essence ont augmenté quant à eux de 1,7 million de barils, alors que les stocks de produits distillés se sont appréciés de 3,8 millions de barils.L'emploi américain inquiète

D'après le dernier rapport d'ADP concernant l'emploi privé non-agricole américain pour le mois de novembre 2018, publié hier jeudi, les créations de postes non-agricoles sont ressorties au nombre de 179.000, contre un consensus de place de 195.000 et un niveau de 225.000 pour le mois antérieur... L'étude de la firme Challenger, Gray & Christmas relative aux destructions de postes annoncées par les entreprises américaines pour le mois de novembre a fait pour sa part ressortir hier 53.073 licenciements programmés, contre 76.644 pour le mois antérieur. Sur les mois d'octobre et novembre, en cumul, les destructions de postes se chiffrent donc à 128.717, au plus haut niveau depuis 2008 ! En glissement annuel, les destructions d'emplois de novembre grimpent de 51%. Les annonces de licenciements pour le mois de novembre sont les plus élevées depuis 2012.

Le rapport gouvernemental sur la situation de l'emploi aux Etats-Unis pour le mois de novembre 2018 sera communiqué aujourd'hui à 14h30. Le consensus ressort à 190.000 créations de postes non-agricoles, 183.000 créations dans le privé et 3,7% de taux de chômage, pour 62,8% de participation à la force de travail.

Calendrier économique toujours étoffé

L'indice du sentiment des consommateurs américains mesuré par l'Université du Michigan sera communiqué à 16 heures ce jour. Le consensus pour cette lecture préliminaire du mois de décembre est logé à 97,4, ce qui ressortirait assez proche de l'évaluation du mois antérieur (97,5).

Les stocks et ventes des grossistes américains pour le mois d'octobre seront révélés à 16 heures (consensus +0,7% pour les stocks, en comparaison du mois antérieur).

Enfin, les chiffres du crédit à la consommation pour le mois d'octobre seront communiqués à 21 heures ce soir (consensus 15,3 milliards de dollars).

Lael Brainard, gouverneure de la Fed, s'exprimera ce jour à l'occasion d'un déjeuner du Peterson Institute for International Economics à Washington.

Confusion sur le front commercial

La confusion règne toujours sur le front commercial, entre Washington et Pékin, malgré l'accord de 'cessez-le-feu' précédemment conclu. Les deux superpuissances doivent s'abstenir de nouvelles sanctions réciproques deux mois durant. Trump, s'épanchant cette semaine sur le sujet, n'a pas su convaincre, bien au contraire. Le Président américain s'est en effet montré confiant quant à la conclusion finale d'un accord, tout en menaçant de nouveau la Chine de nouvelles taxes en cas d'échec, de manière quelque peu schizophrène...L'affaire Huawei pèse lourdement

Par ailleurs, l'arrestation de la directrice financière du colosse télécom chinois Huawei (et fille de Ren Zhengfei - fondateur du groupe), Meng Wanzhou, au Canada, sur requête d'extradition des Etats-Unis, montre que la belle entente récente entre Trump et Xi Jinping pourrait avoir ses limites. Les USA enquêtent sur d'éventuelles infractions de Meng Wanzhou aux sanctions américaines contre l'Iran. Cet événement inattendu pèse également sur les marchés, certains craignant qu'il ne fasse dérailler les fragiles négociations entre Washington et Pékin. Les agences US de renseignement estiment par ailleurs que Huawei est lié au gouvernement chinois et que ses infrastructures pourraient contenir des accès cachés pour permettre une utilisation par les services d'espionnage chinois, relate Reuters. Également inquiet, le Japon prévoit d'interdire l'accès des équipementiers chinois Huawei et ZTE à ses marchés publics... Huawei a annoncé ce jour la nomination de son président Liang Hua au poste de directeur financier, à titre intérimaire.

De son côté, Pékin n'apprécie évidemment pas et juge que les Etats-Unis veulent en fait freiner son champion Huawei, en pleine phase d'expansion. C'est du moins ce qu'affirme ce jour le 'Daily China', après l'arrestation de la directrice financière de Huawei sur demande des autorités américaines. Le Président américain Donald Trump n'était pourtant pas au courant de cette demande d'extradition avant son entretien avec Xi Jinping, ont affirmé des représentants de la Maison blanche cités par Reuters. La directrice financière de Huawei, arrêtée le 1er décembre, comparaît ce vendredi devant un tribunal de Vancouver. Il s'agit d'une première audience consacrée simplement à sa mise en liberté sous caution.

Les valeurs

Tesla reste sous surveillance ce jour. Le groupe d'Elon Musk envisagerait d'utiliser un mélange de titres et de cash pour payer son échéance de dette du mois de mars. Le spécialiste de Jefferies vient par ailleurs de doper sa recommandation sur Tesla de 'conserver' à 'achat', fixant un objectif de cours de 450$ matérialisant encore un joli potentiel haussier. Le broker prend note du moindre risque bilantiel. Bloomberg croit pour sa part savoir que les détenteurs d'obligations convertibles arrivant à maturité en mars pourraient être payés par un mix 50-50 de cash et d'actions du groupe, ce qui confirme l'amélioration du cash flow et de la rentabilité.

Broadcom grimpe avant bourse à Wall Street ce vendredi, au lendemain de l'annonce de ses comptes trimestriels. Le groupe californien de San Jose, acteur majeur du marché des semi-conducteurs, a dévoilé pour son quatrième trimestre fiscal des revenus et bénéfices supérieurs aux attentes de marché. Broadcom, qui a racheté CA Technologies pour 19 Mds$ plus tôt cette année afin notamment de s'affranchir du cycle 'semi', a réalisé sur le trimestre un bénéfice net attribuable aux actionnaires ordinaires de 1,12 milliard de dollars et 2,64$ par titre, contre 532 M$ et 1,25$ par titre un an avant. Le bénéfice ajusté trimestriel par action s'est établi à 5,85$, contre 5,58$ de consensus. Les revenus ont progressé de 12% à 5,44 Mds$ (5,39 Mds$ de consensus).

Hock Tan, le directeur général du groupe, a simplement précisé que le 1er trimestre fiscal 2019 allait être "ok", sans fournir de guidance plus précise. Les opérations 'wireless', comprenant notamment les produits destinés à Apple, devraient connaître toutefois un ralentissement saisonnier à en croire le dirigeant... Broadcom n'entend plus livrer de prévisions trimestrielles. Le groupe dit envisager, sur l'ensemble de l'exercice entamé, des revenus de 24,5 Mds$, à comparer à un consensus de 22,4 Mds$.

Amazon entend implanter ses magasins sans caisse dans les aéroports américains afin de profiter de la clientèle des voyageurs pressés, selon des documents officiels et une personne informée de ce projet cités ce jour par l'agence Reuters. Le colosse américain du e-commerce déploie depuis plusieurs mois ce nouveau type de magasins 'Amazon Go', où les consommateurs entrent en franchissant un tourniquet à l'aide de leur smartphone, avant de s'adonner à leur shopping sous la surveillance de caméras. Amazon prélève ensuite le montant de leurs achats à partir de cartes pré-enregistrées, comme le détaille Reuters. Le groupe de Jeff Bezos a ouvert sept boutiques de ce type depuis janvier, à Chicago, San Francisco et Seattle. La clientèle y est surtout composée d'employés des bureaux voisins.

Amazon entendrait donc désormais installer ce type de magasin dans les grands aéroports aux Etats-Unis, croit savoir Reuters, qui cite des demandes d'informations adressées aux exploitants aéroportuaires. L'agence constate par ailleurs que la division d'Amazon spécialisée dans le cloud, Amazon Web Services, est déjà en contact avec divers aéroports pour d'autres activités. Enfin, une personne ayant connaissance de la question a précisé qu'Amazon avait détaché l'un de ses employés sur ce projet.

Boeing. La justice brésilienne a bloqué le projet de rapprochement du groupe américain avec Embraer en attendant l'arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro. L'ordonnance rendue par un tribunal fédéral de Sao Paulo interdit au conseil d'administration du groupe brésilien de signer un accord créant une coentreprise d'aviation civile qui serait contrôlée par Boeing. Le tribunal avait été saisi par quatre parlementaires du Parti des travailleurs. Si cette annonce risque de retarder ce rapprochement, il n'est pas dit qu'elle remette en cause l'accord conclu en juillet.

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