Wall Street déprime, craintes sur l'économie et enlisement sur le commerce

Wall Street déprime, craintes sur l'économie et enlisement sur le commerce
Un trader fatigué sur le floor du New York Stock Exchange.

Boursier.com, publié le lundi 23 septembre 2019 à 11h11

La cote américaine fléchit encore avant bourse ce lundi, plombée par les mauvaises statistiques européennes de la matinée et les craintes pesant sur les négociations commerciales sino-américaines. Le S&P500 fléchit ainsi de 0,2% en pré-séance, alors que le Nasdaq perd 0,1%. Sur le marché des changes, l'indice dollar avance de 0,2% à 98,7. Du côté des matières premières, le baril de brut WTI gagne 0,5% à 58,4$. Le Brent de la mer du Nord grimpe lui aussi de 0,5% à 64,6$ le baril. Il s'agit d'un retour apparent au calme sur les prix du brut, particulièrement volatils tout au long de la semaine dernière suite aux attaques survenues sur des installations saoudiennes.

Dans l'actualité économique outre-Atlantique ce jour, l'indice d'activité nationale de la Fed de Chicago pour le mois d'août sera communiqué à 14h30 (consensus -0,06). L'indice PMI composite flash américain du mois de septembre sera révélé à 15h45 (consensus 51,2 pour le composite, 50,1 pour l'indice manufacturier et 51,4 pour les services). James Bullard (président de la Fed de St. Louis), Mary Daly (Fed de San Francisco) et John Williams (Fed de New York), interviendront durant la journée sur des sujets économiques et monétaires divers.

Selon l'outil FedWatch du CME Group, le taux des fonds fédéraux, ramené plus tôt ce mois entre 1,75 et 2%, pourrait encore baisser d'un quart de point le 30 octobre à l'issue de la prochaine réunion monétaire (probabilité de 49,2%) ou bien rester inchangé (probabilité 50,8%). A l'issue de la réunion suivante, des 10 et 11 décembre, les chances de voir les taux rester inchangés seraient de 32,8%, contre 49,8% de probabilité d'une baisse à 1,50-1,75% et 17,4% de probabilité d'un recul à 1,25-1,50%... Quoi qu'il en soit, les banques centrales, et notamment la Fed, semblent désormais "condamnées" à des politiques accommodantes de très long terme, d'autant que le ralentissement se confirme en particulier en Europe ce jour, à la lecture des dernières 'stats', et que l'hypothèse d'un accord commercial sino-américain paraît de plus en plus improbable à court terme.

Washington et Pékin ne semblaient toujours pas sur la même longueur d'onde à l'issue de deux jours de négociations commerciales, jeudi et vendredi à Washington. Donald Trump a évoqué vendredi "beaucoup de progrès" dans les discussions, mais la délégation chinoise a annulé brusquement sa visite prévue au début de cette semaine dans des fermes du Montana, pour rentrer plus tôt que prévu à Pékin. Il faut dire que le président américain a ajouté qu'il n'avait pas besoin d'un accord avant l'élection présidentielle de 2020, signalant qu'il était prêt à prolonger la guerre commerciale...

Ces derniers développements font craindre un regain de tension entre les deux pays, et ont fait reculer la Bourse de New York, qui progressait légèrement vendredi en début de séance dans l'espoir d'un accord commercial.

Les discussions, qui ont repris jeudi après deux mois d'interruption, se concentraient justement sur la question des produits agricoles, afin que la Chine augmente significativement ses achats de soja et d'autres matières premières agricoles venues des Etats-Unis.

Une délégation d'une trentaine de responsables chinois, menée par le vice-ministre des Finances Liao Min, était chargée de relancer les négociations à Washington, dans les bureaux de l'USTR (U.S. Trade Representative), le bureau du représentant du commerce. Côté américain, c'est Jeffrey Gerrish, le représentant adjoint de l'USTR qui menait l'équipe de négociateurs.

Vendredi matin, l'optimisme restait pourtant de mise, Washington ayant annoncé la levée des droits de douane sur plus de 400 produits chinois. L'USTR a ainsi publié trois avis exemptant un large éventail de produits des droits de douane en réponse aux demandes d'entreprises américaines, affirmant que les prélèvements causeraient des difficultés économiques. Les 437 produits exclus comprennent notamment les circuits imprimés pour processeurs graphiques, les planchers en bois lamellé, les décoration lumineuse de Noël et... les colliers pour chiens.

Plus tard dans la journée, Donald Trump a même indiqué devant la presse que son administration "faisait beaucoup de progrès" avec la Chine. Mais le président américain a aussi déclaré qu'un accord agricole ne suffirait pas, et qu'il cherchait un "accord complet" avec Pékin, ce qui aurait tendu le climat des discussions. "Nous recherchons un accord complet. Je ne cherche pas un accord partiel", a ainsi déclaré Donald Trump, ajoutant qu'il n'avait pas besoin d'un accord avant l'élection présidentielle de 2020.

A l'occasion d'une réunion à la Maison Blanche avec le Premier ministre australien Scott Morrison, Trump a ajouté que les Etats-Unis encaissaient des milliards de dollars provenant des droits de douane appliqués aux produits chinois, ajoutant que le total atteindrait bientôt les 100 milliards de dollars.

Des interrogations persistent par ailleurs sur le marché de la dette à court terme aux Etats-Unis. En début de semaine dernière, les taux à très court terme (repo) se sont envolés pour frôler les 10%, obligeant la Réserve fédérale à intervenir pour la première fois depuis la grande crise financière de 2008 pour assurer la liquidité et calmer les taux... Evoquant des facteurs purement "techniques", la Fed de New York a ainsi injecté mardi 53 milliards de dollars sur le marché "repo", puis 75 milliards de dollars supplémentaires chacun des trois jours suivants, soit un total de 278 Mds$ (environ 252 MdsE). Pour rassurer les marchés, la Fed a aussi abaissé mercredi le taux de rémunération des réserves excédentaires des banques, qui est passé de 3,2% à 2,9%. Le même jour, elle a abaissé son taux des "fed funds" d'un quart de point à 1,75%-2%.

Le repo (repurchase market) est un mode de financement sécurisé qui permet aux banques de se procurer des liquidités via un système de prêts à très court terme entre établissements. Les banques se prêtent des liquidités entre elles, généralement sur 24 heures, en les échangeant contre des titres très sûrs, les obligations d'Etat américaines (les Treasuries). Mais ces derniers jours, face à une forte demande, les liquidités se sont mises à manquer, faisant grimper les taux d'intérêts...

Les autorités monétaires assurent que cette situation ne traduit pas une défiance entre banques (qui avait déclenché la crise des crédit subprimes en 2008). Elles estiment que cette envolée des taux "repo" est liée à des facteurs techniques et saisonniers qui ont fortement accru la demande de liquidités des banques. Celles-ci font notamment face à d'importantes demandes de la part d'entreprises américaines qui doivent régler leurs échéances fiscales de septembre. Par ailleurs, la forte hausse du volume des émissions d'obligations d'Etat (Treasuries) par l'Etat fédéral, sous l'administration Trump, a gonflé le bilan des banques. Celles-ci sont alors incitées à échanger ces obligations contre des liquidités sur le marché du "repo", provoquant un déséquilibre entre l'offre et la demande d'emprunts d'Etat. Le fait que la Fed a réduit son bilan depuis deux ans, cessant de racheter les emprunts d'Etat arrivant à échéance, a accentué le phénomène.

Vendredi soir, les taux de repo avaient retrouvé leur niveau normal, autour de 2,05%, contre 10% dans la journée de mardi. Toutefois, face à la crainte d'une nouvelle résurgence, la Fed de New York a annoncé vendredi qu'elle allait continuer d'injecter jusqu'à 75 milliards de dollars par jour sur le marché interbancaire jusqu'au 10 octobre prochain, afin de s'assurer que les liquidités sont suffisantes sur ce marché de prêts à court terme entre banques.

Les statistiques européennes de la matinée sont quant à elles sans relief ce jour. L'Allemagne s'enfonce dans la crise. La dernière enquête menée après des directeurs d'achat va clairement dans ce sens puisque le ralentissement de l'industrie manufacturière s'est accentué et que la croissance du secteur des services a perdu de sa vigueur. L'indice PMI IHS Markit Composite flash ressort à 49,1 en septembre, contre 51,7 en août, et 51,5 de consensus. C'est la première fois depuis avril 2013 que l'indice passe sous la barre des 50. L'indice PMI flash manufacturier est pour sa part tombé à 41,4, contre 43,5 en août et 44 de consensus. L'indice n'avait plus connu un si faible niveau depuis la crise financière en 2009.

Les indices PMI "flash" français de septembre ne sont pas très reluisants avec un secteur des services qui commence à inquiéter. L'indice Flash Composite IHS Markit de l'activité globale tombe à 51,3, contre 52,9 en août, signalant ainsi la plus faible croissance de l'activité du secteur privé depuis quatre mois. Le consensus était positionné à 52,6. Cette expansion modérée de l'activité globale a essentiellement reposé sur une hausse - toutefois modeste - de l'activité du secteur des services en septembre, le taux de croissance se repliant à son plus bas niveau depuis mai. La production manufacturière est quant à elle repartie à la baisse, n'enregistrant cependant qu'un faible recul. Dans le détail, l'indice Flash de l'activité de services se replie à 51,6 (53,4 en août), alors que l'indice PMI Flash de l'Industrie Manufacturière ressort à 50,3 en septembre (51,1 en août), sur un plus bas de 2 mois.

A l'image de la situation en Allemagne et en France, les indices PMI flash de septembre pour la zone euro ressortent inférieurs aux attentes du marché et laissent à penser que le pire est à venir sur le Vieux continent. Les données PMI signalent en effet une croissance quasi-nulle de la zone euro, l'expansion économique de la région ayant été freinée par le plus fort repli de la demande (de biens comme de services) depuis plus de six ans... Selon son estimation flash, l'indice PMI Composite IHS Markit s'est replié de 51,9 en août à 50,4 en septembre, signalant ainsi la plus faible croissance de l'activité globale depuis juin 2013. Le consensus était positionné à 52. L'indice PMI Flash de l'activité de services recule de son côté à 52 (53,5 en août), sur un plus bas de 8 mois, alors que l'indice PMI Flash de l'industrie manufacturière se replie à 45,6 (47,0 en août), sur un plancher de 83 mois.

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