Wall Street en retrait, la consolidation se confirme

Wall Street en retrait, la consolidation se confirme
Deux traders inquiets sur le floor du NYSE à New York.

Boursier.com, publié le mardi 12 mai 2020 à 11h15

Wall Street consolide encore légèrement avant bourse ce mardi, les opérateurs demeurant prudents face aux déconfinements, conscients du risque d'une seconde vague. Le S&P500 perd ainsi 0,2% en pré-séance, alors que le Nasdaq cède 0,1%.

Sur le front économique ce mardi, l'indice des prix à la consommation aux Etats-Unis pour le mois d'avril sera communiqué à 14h30 (consensus -0,8% en comparaison du mois antérieur, -0,2% hors alimentation et énergie). La balance budgétaire américaine du mois d'avril sera révélée à 20 heures et devrait ressortir assez catastrophique (consensus... -729,7 milliards de dollars de déficit !).

James Bullard, Patrick Harker, Randal Quarles et Loretta Mester de la Fed, s'exprimeront par ailleurs durant la journée.

Dans l'actualité des entreprises à Wall Street, ce mardi, Allergan, Duke, Dean Foods, Eastman Kodak et Fluor, publient leurs derniers chiffres.

La Bourse de New York a démarré la semaine en ordre dispersé, hier lundi, les investisseurs se montrant partagés sur le rythme du redémarrage de l'économie mondiale, à l'issue des déconfinements en cours aux Etats-Unis et en Europe. Les valeurs technologiques et de la santé ont soutenu le Nasdaq, ces deux secteurs apparaissant comme les gagnants de la crise actuelle. Des experts et des membres de la Fed mettent cependant en garde contre le risque d'un excès d'optimisme des marchés, et prévoient une reprise économique lente et progressive, sous la menace d'une résurgence du coronavirus, qui reste présent.

A la clôture, l'indice Dow Jones a cédé 0,45% à 24.221 points, tandis que l'indice large S&P 500 a grappillé 0,01% à 2.930 pts et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a progressé de 0,78% à 9.192 pts. La semaine dernière, les trois indices (qui avaient reculé pendant 2 semaines) avaient regagné 2,5% pour le DJIA, 3,5% pour le S&P 500, et 6% pour le Nasdaq. Ce dernier est désormais repassé dans le vert depuis le début 2020 (+2,4%). Le Nasdaq surperforme ainsi largement le DJIA, qui perd encore 15% et le S&P 500, qui lâche encore 9,3% depuis le début de l'année.

Vendredi, les marchés avaient largement ignoré la publication d'un taux de chômage record de 14,7% aux Etats-Unis en avril, suite à la destruction de 20,5 millions d'emplois en un mois... Ces chiffres avaient toutefois été largement anticipés par les investisseurs, qui préfèrent voir le verre à moitié plein, et spéculer sur une reprise rapide de l'économie au second semestre 2020, comme l'espère aussi l'administration Trump.

Alors que l'Europe (dont la France) et les Etats américains poursuivent leur déconfinement progressif, la situation sanitaire continue de s'améliorer dans l'Etat de New York, le plus touché par la pandémie de Covid-19 outre-Atlnatique. Plusieurs régions de cet Etat ont désormais vu le rythme de l'épidémie ralentir de sorte qu'ils vont pouvoir entamer leur déconfinement à partir de vendredi, selon les critères définis par l'administration Trump.

Aux Etats-Unis, le nombre de décès en 24h est retombé lundi à 668 (après avoir oscillé entre 1.300 et 2.500 par jour la semaine dernière), le bilan le plus faible depuis le 29 mars dernier. Le nombre total de morts a atteint 81.455 pour 1,38 million de cas avérés, selon les données de la CDC, l'agence américaine de prévention des maladies. Dans le monde, le Covid-19 a tué au moins 284.600 personnes.

Le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, a estimé lundi que "nous voyons le bout du tunnel", soulignant la baisse du nombre d'hospitalisations, d'intubations et de décès dans son Etat. Il a ajouté qu'un certain nombre d'entreprises pourront rouvrir dans les régions où le virus circule désormais moins activement, dont les chantiers de BTP, les cinémas en drive-in, certains commerces de détail et certaines activités de loisirs. En revanche, dans la ville de New York, le maire Bill de Blasio a annoncé lundi que le confinement serait prolongé jusqu'en juin.

Alors que l'activité commence à reprendre un peu partout dans le monde, certains stratégistes ainsi que des membres de la Fed mettent en garde les marchés contre des anticipations trop élevés pour la reprise à venir, même si tous les experts tablent sur un redémarrage de l'économie à partir du 3e trimestre. En outre, la réapparition de foyers d'infection localisés en Chine, à Wuhan, et en Corée du Sud, à Séoul, incitent à une certaine prudence...

Le président de la Fed, Jerome Powell, doit s'exprimer mercredi sur la situation économique via une visioconférence organisée par l'Institut Petersen. En attendant, de nombreux membres de la banque centrale américaine ont appelé ces derniers jours à la prudence. Le dernier en date, Charles Evans (Fed de Chicago) a estimé lundi que la Fed allait maintenir ses taux à zéro pendant "une longue période", mais il ne s'attend pas à ce qu'elle adopte des taux négatifs. Il a en revanche appelé l'Etat à profiter des taux très bas pour adopter "des mesures à haut rendement social pour aider les Américains".

Neel Kashkari, le président de la Fed de Minneapolis, a estimé de son côté que les Etats-Unis devaient se préparer à des chiffres de l'emploi encore plus désastreux dans les prochains mois, et a lui aussi appelé le Congrès à étudier de nouveaux plans de soutien à l'économie. "Le pire est malheureusement encore à venir sur le front de l'emploi", a-t-il dit dimanche sur la chaîne 'ABC'. "En réalité, ce sont autour de 23 à 24% de personnes qui sont au chômage aujourd'hui et si la reprise est graduelle comme je le pense, ces personnes auront besoin d'aide", a-t-il ajouté.

Ainsi, si l'on se réfère à une mesure large du chômage, incluant les personnes qui ne cherchent pas de travail et le temps partiel forcé, le taux de chômage atteint en avril un niveau record de 22,8%...

La semaine dernière, le numéro deux de la Fed, Richard Clarida, avait lui aussi estimé que la Fed comme le gouvernement seraient amenés à prendre de nouvelles mesures de soutien, en estimant que les Etats-Unis devaient se préparer à des "données économiques très, très, très dures et difficiles", notamment en matière d'emploi.

L'administration Trump ne semble pour l'instant pas très pressée d'adopter de nouveau plan de soutien, après 4 texte de loi déjà votés, dont un plan de 2.200 milliards de dollars, complété en avril par un second plan de 480 Mds$. Le conseiller économique de la Maison Blanche Larry Kudlow a indiqué vendredi dans un entretien avec 'Bloomberg' que les experts gouvernementaux de la santé planchaient sur un plan d'urgence en cas de seconde vague de coronavirus, sans autre précision. Il a en revanche affirmé à la presse que l'administration Trump ne négociait pas de nouveau plan de soutien avec le Congrès américain.

Le marché pétrolier est reparti à la baisse lundi sur fond de doutes sur le rythme de la reprise de la demande. Sur le Nymex, le baril de brut léger américain (WTI) pour livraison juin a cédé 2,4% à 24,14$, tandis que le baril de Brent de la mer du Nord d'échéance juillet reperd 4,3% à 29,63$. La tendance ce mardi est en revanche positive, avec une hausse de 3% sur le baril de brut WTI à 25$ et un gain de 1,4% sur le Brent. L'once d'or prend 0,7%...

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