Wall Street poursuit son rebond

Wall Street poursuit son rebond
Deux traders inquiets sur le floor du NYSE à New York.

Boursier.com, publié le mardi 07 avril 2020 à 10h59

La cote américaine grimpe encore avant bourse ce mardi, après avoir flambé hier sur des espoirs de 'pic' proche ou atteint de l'épidémie de coronavirus Covid-19 et de nouveaux soutiens de l'administration Trump. Le S&P500 prend encore 2,7% en pré-séance, alors que le Nasdaq gagne 2,4%.

La réunions des ministres des finances de l'Union européenne sera suivie de près ce jour, dans l'attente de mesures permettant de limiter l'impact de la crise économique et sanitaire. La question des coronabonds ne devrait pas être abordée durant la visioconférence, et serait de toute manière repoussée.

Hier, des rumeurs de nouveau plan de relance de près de 1.500 milliards de dollars pour le mois de mai outre-Atlantique avaient déjà dopé les marchés.

Les opérateurs jouent donc toujours l'idée d'une stabilisation de la crise sanitaire, réagissant peu au placement en soins intensifs du Premier ministre britannique Boris Johnson. Le nombre de morts est reparti en hausse hier en France et en Italie, mais le nombre quotidien de nouveaux cas de contamination en Italie a reculé. Les Etats-Unis ont dépassé les 10.000 morts et se préparent à une semaine tragique, mais l'Etat de New York espère lui avoir atteint un plateau. La Chine annonce un recul des cas nouveaux et ne constate... aucun nouveau décès pour la première fois depuis le début des mesures des autorités locales.

Dans l'actualité économique ce jour aux USA, le rapport JOLTS du Département au Travail concernant les ouvertures de postes pour le mois de février sera communiqué à 16 heures (consensus 6,638 millions). Ces chiffres ne permettront toutefois pas encore de mesurer l'impact de la crise sur le marché de l'emploi américain. Les données du crédit à la consommation pour le mois de février seront révélées à 21 heures.

La volatilité reste conséquente sur le marché pétrolier, où les investisseurs attendent avec nervosité des annonces des pays producteurs concernant une baisse de leur production, afin de soutenir les cours. Le baril de brut WTI prend 3% environ ce jour vers les 27$ après avoir hier fini en baisse de 8% à 26,08$ pour le contrat à terme de mai sur le Nymex. La semaine dernière, les cours avaient flambé de l'ordre de 40% en 4 séances dans l'espoir d'une baisse de la production mondiale.

Selon des sources citées lundi par la chaîne américaine CNBC, l'Arabie saoudite et la Russie seraient "très, très proches" d'un accord sur une réduction de leur production de pétrole. Le président du Fonds souverain russe a déclaré à CNBC : "je pense que le marché tout entier comprend que cet accord est important et qu'il amènera beaucoup de stabilité, une stabilité tellement importante pour le marché, et nous en sommes très proches".

"Je pense que la Russie, l'Arabie Saoudite, les Etats-Unis et d'autres pays doivent intervenir pour stabiliser les marchés et apporter de la stabilité dans un monde qui est sur le point de connaître probablement la plus grande récession de tous les temps", a ajouté Kirill Dmitriev.

Les grands producteurs pourraient donc s'accorder lors de la réunion à distance prévue jeudi, si les Etats-Unis acceptent de prendre part aux concessions.

Jeudi, Donald Trump avait provoqué une flambée historique du brut (le Brent a pris jusqu'à 47% en séance !) en tweetant qu'il s'attendait à ce que la Russie et l'Arabie Saoudite réduisent leur production d'environ 10 millions de barils : "Je viens de parler à mon ami MBS d'Arabie saoudite, qui s'est entretenu avec le président russe Poutine et je m'attends à ce qu'ils réduisent (leur production) d'environ 10 millions de barils, voire beaucoup plus, ce qui serait formidable pour le secteur pétrolier et gazier!".

L'objectif des négociations porterait ainsi sur une réduction de la production d'environ 10 millions de barils par jour, soit près de 10% de la production mondiale. Néanmoins, certains experts à l'image de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) estiment que cette baisse historique, si elle venait à être confirmée, ne serait pas suffisante compte tenu de la chute de la demande.

La livre sterling a brusquement perdu du terrain lundi soir, après l'annonce que le Premier ministre britannique Boris Johnson, qui souffre du coronavirus, a été transféré dans une unité de soins intensifs d'un hôpital londonien. En fin de soirée, la livre sterling reculait de 0,3% à 1,2235$. Face à l'euro, la devise britannique perdait aussi 0,3% à 0,8899 Euro/£. Avant l'annonce de l'aggravation de l"état de santé de M. Johnson, la livre progressait de l'ordre de 0,35%.

Boris Johnson avait été testé positif au nouveau coronavirus il y a dix jours, et avait été hospitalisé dimanche en raison de symptômes persistants. Lundi soir, selon un communiqué du porte-parole du 10, Downing Street, "au cours de l'après-midi, l'état de santé du Premier ministre s'est détérioré et, sur le conseil de son équipe médicale, il a été transféré au service des soins intensifs de l'hôpital". "Le Premier ministre a demandé au ministre des Affaires étrangères Dominic Raab (...) de le remplacer là où nécessaire", a ajouté le porte-parole.

Après avoir perdu plus de 30% et atteint un point bas le 23 mars dernier, les indices boursiers américains ont rebondi de près de 20%. Les investisseurs espèrent que le pire est désormais passé. C'est en tout cas l'hypothèse privilégiée par la banque d'affaires américaine Morgan Stanley.

Selon Mike Wilson, stratégiste actions de MS, "la liquidation forcée d'actifs survenue depuis un mois est derrière nous, et les États-Unis ont mené des interventions monétaires et fiscales sans précédent et sans limites". En Bourse, il évoque des "valorisations les plus attractives depuis 2011". Tous ces éléments "confirment notre conviction que le pire est derrière nous dans ce marché baissier cyclique, qui a commencé il y deux ans, et non pas le mois dernier", a affirmé M. Wilson dans une note publiée lundi.

Selon le stratégiste, les niveaux actuels des marchés boursiers offrent un bon point d'entrée à horizon 6 à 12 mois. "Les marchés baissiers s'achèvent par des récessions, ils ne commencent pas avec elles, rendant l'actuel ratio risque/récompense le plus attractif depuis des années", affirme Mike Wilson. Avec un bémol cependant : "le prochain marché haussier pourrait être bien différent du précédent", qui avait duré plus de 10 ans...

Cependant, la sortie de la crise actuelle dépend de facteurs difficiles à anticiper, comme l'évolution de la pandémie de coronavirus. Elle semble ralentir sa progression depuis quelques jours en Europe et dans l'Etat de New York, mais ces résultats sont encore fragiles. L'ampleur et la durée de la récession qui se profile aux Etats-Unis restent donc difficiles à prévoir, rendant bon nombre d'investisseurs encore prudents dans leurs achats d'actifs risqués...

Dans le sillage de l'Europe, la Bourse de New York a vivement rebondi lundi, les marchés saluant les premiers signes d'un ralentissement de la propagation du coronavirus dans plusieurs pays européens et à New York, épicentre américain de la pandémie. Le pétrole est en revanche reparti en baisse, les pays producteurs ayant reporté une réunion devant entériner une baisse de leur production.

A la clôture, l'indice Dow Jones a regagné 7,73% à 22.679 points, tandis que l'indice large S&P 500 a repris 7,03% à 2.663 pts et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a grimpé de 7,33% à 7.913 pts. La semaine dernière, les trois indices avaient reculé respectivement de 2,7%, 2% et 1,7%, même si l'agitation des deux précédentes semaines s'est quelque peu calmée.

Malgré les craintes de récession économique à venir, les investisseurs ont préféré voir dans les publication des dernières données sanitaires l'apparition de quelques signes positifs des deux côtés de l'Atlantique. Ce sentiment a cependant été refroidi en fin de soirée par l'annonce de l'entrée du Premier ministre britannique Boris Johnson en unité de soins intensifs à Londres, après l'aggravation de ses symptômes liés au Covid-19.

Depuis vendredi, l'Italie, la France et l'Espagne ont fait état de statistiques montrant que la hausse du nombre de nouveaux cas, de décès et d'hospitalisations en réanimation a ralenti depuis plusieurs jours, même si les chiffres continuent de croître en valeur absolue.

A New York, épicentre de l'épidémie aux Etats-Unis, le gouverneur Andrew Cuomo, a estimé lundi lors de son point presse quotidien, que l'épidémie pourrait avoir atteint un plateau dans cet Etat. Le nombre de décès a augmenté de 599 en 24 heures dans l'Etat, pour atteindre 4.758 morts au total, contre une hausse de 594 dimanche et de 630 samedi. Andrew Cuomo a cependant déclaré que "ce n'est pas le moment de se relâcher" et a prolongé de deux semaines, jusqu'au 29 avril, la fermeture dans l'Etat des écoles et des commerces non-essentiels.

Par ailleurs, au Japon, le Premier ministre Shinzo Abe a annoncé lundi un plan de soutien massif d'environ 108.000 milliards de yens (915 MdsE) pour combattre les effets du coronavirus. Dans le cadre de ce plan, plus de 50 MdsE seront versés aux ménages et aux entreprises et l'Etat consacrera en outre, 220 MdsE pour reporter des paiements de taxes.

Plusieurs autres pays ont annoncé de nouvelles mesures budgétaires pour affronter la crise actuelle, dont Singapour et l'Espagne. Aux Etats-Unis, les démocrates du Congrès préparent un nouveau plan, tandis que les ministres des Finances de la zone euro (l'Eurogroupe) se réuniront donc ce mardi en vidéoconférence pour tenter de trouver un consensus sur une réponse commune.

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