Wall Street : rebond en vue ?

Wall Street : rebond en vue ?
Réaction de traders après la clôture du NYSE.

Boursier.com, publié le mercredi 22 avril 2020 à 10h35

Wall Street se redresse avant bourse ce mercredi, après deux séances éprouvantes sur fond de plongeon des cours du pétrole. Le S&P500 gagne 1,2% et le Nasdaq 1%. Le baril de brut WTI pour juin tente de se stabiliser autour des 11$, tandis que le Brent de la mer du Nord chute encore de 10% à 17,4$.

Dans l'actualité économique ce jour, l'indice FHFA (Federal Housing Finance Agency) relatif aux prix de l'immobilier pour le mois de février 2020 sera communiqué à 15 heures. Le consensus est de +0,4% en comparaison du mois antérieur. Le rapport hebdomadaire du Département américain à l'Energie concernant les stocks pétroliers domestiques pour la semaine close au 17 avril sera annoncé à 16h30.

Les Etats-Unis comptent environ 800.000 cas de contamination au coronavirus. Ce bilan a doublé en près de deux semaines selon Reuters. Les USA sont ainsi le pays le plus frappé par le 'SARS-CoV-2', avec quatre fois plus de cas qu'en Espagne. Les décès ont progressé hier de plus de 2.000 sur 24 heures à près de 45.000. L'Etat de New York reste le plus touché, avec la moitié des décès américains. D'autres foyers sont recensés à Chicago, Boston ou encore Philadelphie.

La Bourse de New York a fini en nette baisse mardi, pour la 2ème séance consécutive, alors que le krach pétrolier s'est poursuivi et que le secteur technologique a souffert de l'annonce par Donald Trump d'un gel temporaire de l'immigration aux Etats-Unis. Après l'effondrement lundi des cours du pétrole WTI pour livraison en mai, le contrat à terme de juin sur le brut américain s'est écroulé à son tour. A la clôture, l'indice Dow Jones a perdu 2,67% à 23.018 points, tandis que l'indice large S&P 500 a lâché 3,07% à 2.736 pts, et le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a abandonné 3,48% à 8.263 pts.

Le krach pétrolier débuté lundi a assombri le climat sur les marchés boursiers, qui se projetaient déjà vers un redémarrage économique, notamment aux Etats-Unis et dans plusieurs pays européens, dont l'Allemagne, où les mesures de confinement commencent à être levées. Mais après l'espoir d'une sortie de la crise du coronavirus à partir de la mi-2020, les investisseurs s'inquiètent d'une récession mondiale de plus longue durée, comme le suggèrent les cours du pétrole, dont le plongeon témoigne d'anticipations bien sombres pour la demande mondiale de matière premières.

Les cours du brut n'ont pas profité mardi de l'annonce par Donald Trump d'un projet de plan de soutien à l'industrie pétrolière américaine. Le contrat à terme de mai sur le brut léger américain WTI, qui avait plongé en terrain négatif lundi, à -37,63$ le baril, a rebondi mardi pour finir à 10,01$ sur le marché Nymex. Ce contrat étant arrivé à échéance ce mardi soir, ce chiffre est désormais peu significatif.

Toutefois, le contrat le plus négocié désormais, celui des livraisons de juin, a lui aussi décroché spectaculairement mardi. Le contrat à terme de juin sur le WTI a ainsi fini sur une chute de 43,4%, tombant à 11,57$ le baril... Le Brent pour livraison en juin a aussi plongé, de 24,4%, pour revenir à 19,33$.

A plus long terme, les investisseurs restent très pessimistes pour les prix du pétrole américain. Rappelons que début 2020, le cours du WTI évoluait à plus de 60$ le baril, un niveau déjà considéré comme insuffisant pour assurer la pérennité de l'industrie pétrolière mondiale.

Sur le front du coronavirus, les Etats-Unis continuent de préparer la levée progressive des mesures de restriction liées au coronavirus, qui sera déterminée Etat par Etat. Les négociations en cours depuis une semaine au Congrès en vue d'adopter un nouveau plan de soutien à l'économie, ont abouti mardi soir au Sénat à un accord entre républicains et démocrates.

Le "CARES Act" de 2.200 milliards de dollars adopté fin mars, sera ainsi complété par un nouveau plan de près de 500 Mds$. Le sénateur républicain Mitch McConnell a indiqué mardi soir à la presse qu'un accord bipartisan a été conclu pour consacrer 484 Mds$ supplémentaires au programme de paiement des salaires dans les secteurs les plus touchés (Paycheck Protection Program, ou PPP), une sorte d'équivalent du chômage partiel mis en place en France. Le "CARES Act" avait prévu 350 Mds$ pour ce programme, mais il s'est retrouvé très vite à court de capitaux, la semaine dernière, face à une très forte demande de PME frappées par les mesures de restriction prises face au Covid-19.

Les Etats-Unis ont désormais recensé plus de 814.000 cas de Covid-19 et environ 43.800 morts, mais des signes de ralentissement des nouveaux cas et des décès se confirment, notamment à New York. Dans le monde, plus de 2,54 millions de cas ont été officiellement recensés et plus de 175.000 personnes sont décédées du coronavirus.

Donald Trump, qui se montre très pressé de faire redémarrer l'économie américaine a inquiété les marchés en annonçant dans la nuit de lundi à mardi son intention de suspendre temporairement l'immigration aux Etats-Unis afin de favoriser l'emploi des Américains durement touchés par le chômage lié aux mesures anti-Covid-19.

"A la lumière de l'attaque de l'ennemi invisible, ainsi que de la nécessité de protéger les emplois de nos GRANDS concitoyens américains, je vais signer un décret exécutif pour suspendre temporairement l'immigration aux États-Unis", a tweeté le président américain.

Les secteurs de l'agriculture et de la santé, très dépendants de la main d'oeuvre étrangère, seront exemptés de cette mesure, selon de sources cités par 'Reuters'. Cette annonce a cependant jeté un froid dans le secteur technologique, la Silicon Valley étant un très important employeur d'ingénieurs étrangers, venus notamment d'Inde, de Chine et d'Europe. L'indice sectoriel S&P des technologiques a subi la plus forte baisse mardi à Wall Street, en recul de 4,1%...

Les "technos" ont aussi été affectées par les résultats du géant informatique IBM, dont les ventes et les bénéfices ont reculé au 1er trimestre, et qui a suspendu ses prévisions pour l'ensemble de 2020 en raison des incertitudes concernant la pandémie de coronavirus. Les investisseurs redoutent que les comptes de l'ensemble du secteur ne révèlent un impact plus important que prévu au 1er trimestre, qui n'a pourtant été affecté que sur le mois de mars par les mesures de confinement... Le 2e trimestre devrait être encore durement touché, avec une chute des commandes pour les "technos" et une baisse des revenus publicitaires pour les valeurs internet.

Les valeurs

Texas Instruments, le géant américain des semi-conducteurs, a dépassé les attentes de marché sur le trimestre clos et livré des estimations en ligne avec les anticipations de marché. TI a annoncé pour son premier trimestre fiscal un bénéfice net de 1,17 milliard de dollars soit 1,24$ par titre, contre 1,22 milliard de dollars et 1,26$ par action un an auparavant. Les revenus se sont tassés à 3,33 milliards de dollars contre 3,59 milliards un an plus tôt. Le consensus FactSet était situé à 1,01$ de bénéfice par action et 3,18 milliards de revenus. Rich Templeton, PDG du groupe, estime qu'avec une "récession Covid-19" probablement à venir et une visibilité réduite sur la demande des clients, il convient d'utiliser le modèle de la crise financière de 2008 pour évaluer les perspectives du second trimestre. Le bpa T2 est anticipé ainsi entre 64 cents et 1,04$, pour des revenus allant de 2,61 à 3,19 milliards.

Au premier trimestre 2020, Netflix a séduit près de 16 millions de nouveaux abonnés dans le monde, un record, à la faveur des mesures de confinement prises par les autorités de nombreux pays pour freiner la propagation du coronavirus Covid-19. Avec 15,77 millions de nouveaux abonnés payants, le géant américain de la vidéo en streaming a ainsi dépassé de loin ses propres prévisions (+7 millions d'abonnés) et ceux des analystes qui tablaient sur un ajout de 8,2 millions d'abonnés. Le précédent record datait du 1er trimestre 2019, avec 9,6 millions de nouveaux abonnés.

Le bénéfice net du groupe a atteint 709 millions de dollars au 1er trimestre (1,57$ par action), multiplié par plus de deux par rapport aux 344 M$ (0,76$ par action) affichés un an plus tôt. Les ventes ont grimpé à 5,77 milliards de dollars, contre 4,52 Mds$ au 1er trimestre 2019 (+27,6%). Le consensus des analystes établi par le cabinet FactSet attendait un bénéfice par action un peu supérieur, de 1,64$, et des revenus de 5,75 Mds$.

Malgré le bond spectaculaire des nouveaux abonnés, qui avait été en grande partie anticipé par les marchés, les investisseurs s'interrogent sur la capacité de Netflix à continuer à satisfaire son vaste auditoire par de nouveaux contenus propres (séries, films, documentaires) dans un environnement difficile et très concurrentiel (Amazon Prime Video, Apple TV+ et Disney+ notamment).

Les mesures prises pour freiner le Covid-19 ont entraîné l'interruption des tournages à Hollywood, même si les autres activités post-tournage (effets spéciaux...) et la post-production ont pu se poursuivre en télétravail.

Compte-tenu du matériel déjà filmé (dont "Space Force" avec Steve Carell, "Too Hot to Handle," "BlackAF" ) et d'acquisitions de films déjà bouclés (dont "The Lovebirds" et "Enola Holmes"), Netflix a assuré dans un message à ses actionnaires que "nous prévoyons de continuer à offrir une énorme variété de nouveaux titres en 2020 et 2021".

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