Wall Street rebondit avec le pétrole, espoirs de relance

Wall Street rebondit avec le pétrole, espoirs de relance
Réaction de traders après la clôture du NYSE.

Boursier.com, publié le mardi 10 mars 2020 à 13h22

La cote américaine se redresse assez nettement après le plongeon de la veille, puisque les principaux indices boursiers gagnent de l'ordre de 4% avant bourse à Wall Street. Hier soir, le DJIA s'était effondré de 7,79% et le Nasdaq de 7,29% avec la chute d'un quart des prix de l'or noir. Il s'agissait de la plus forte correction de la cote US depuis la crise financière de 2008. La tendance est pour l'heure plus positive ce jour, les marchés misant sur de forts soutiens des autorités monétaires et des gouvernements.

Donald Trump a ainsi déclaré lundi soir qu'il rencontrerait ce mardi les républicains de la Chambre des représentants et le leader de la majorité républicaine au Sénat pour discuter d'une possible réduction de l'impôt sur les salaires et d'une aide "substantielle" que pourraient recevoir "ceux qui sont payés à l'heure" pour qu'ils ne soient pas pénalisés par la situation sanitaire. Trump a également évoqué des prêts aux petites entreprises et a expliqué travailler de près avec les industries dans les secteurs aérien et hôtelier, ainsi qu'avec les croisiéristes, frappés de plein fouet par le coronavirus.

De grands chefs d'entreprises seront aussi invités à la Maison blanche pour évoquer les pistes de relance face aux effets dépressifs de l'épidémie de coronavirus. Trump compte ainsi prendre plusieurs mesures "de grande ampleur", qui seront détaillées ce mardi... Le leader américain a évoqué parmi les pistes de travail "une coupe possible dans les taxes salariales" qui doit être discutée avec les responsables du Congrès. "Nous allons également parler d'une aide aux personnes qui sont payées à l'heure" (...) "Je serai mardi après-midi pour vous informer sur les mesures économiques que nous prenons, qui seront majeures et de grande ampleur", a encore déclaré le président américain qui a estimé que le monde avait été pris de court par le coronavirus".

Pour le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, "les Etats-Unis ont l'économie la plus robuste du monde". De son côté, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a déclaré qu'il était "évident que de nouvelles mesures parlementaires allaient vite devenir nécessaires". Cette dernière a réitéré son appel à "prioriser la santé et la sécurité des travailleurs Américains sur les intérêts des entreprises".

En fin de semaine dernière, Donald Trump avait débloqué une aide d'urgence de 8,3 milliards de dollars pour le traitement et la prévention du coronavirus.

Les cours du pétrole, qui s'étaient hier littéralement effondrés - après avoir déjà perdu 10% vendredi - suite à l'échec de la réunion de l'Opep+ à Vienne, remontent assez significativement désormais ce mardi dans l'attente de la présentation de mesures de relance, aux USA en particulier. Le cours du baril de brut léger américain (WTI), qui avait abandonné hier près de 25%, regagne plus de 10% désormais à 34,5$ sur le Nymex, tandis que le Brent de mer du Nord avance de 11% après avoir plongé hier de 24%.

Les deux principales variétés de pétrole abandonnent encore plus de 40% depuis le début de l'année. La perte de lundi est la pire journée pour l'or noir depuis la première guerre du Golfe en 1991...

Les prix ont même perdu plus de 30% en début de journée lundi, suite à l'échec cuisant de la réunion de l'Opep+ vendredi. Dans la foulée, l'Arabie saoudite a abaissé le prix de vente officiel pour le mois d'avril de l'ensemble de ses qualités de brut vers toutes destinations. L'échec des négociations entre OPEP et Russie en fin de semaine dernière sur un encadrement de la production est donc lourd de conséquences, et plombe le secteur en bourse ce matin. Vendredi, la Russie s'était opposée à une nouvelle baisse de production voulue par l'OPEP, qui désirait une réduction de 1,5 million de barils par jour jusqu'à fin 2020 afin de faire face à la chute des cours consécutive à la propagation de l'épidémie de coronavirus.

Le colosse pétrolier saoudien Saudi Aramco a fixé son prix de vente sur le baril de brut léger à destination de l'Asie pour avril à 3,10 dollars de moins que la moyenne d'Oman/Dubaï, relève Reuters. Il s'agit d'une baisse de 6$ par baril en comparaison du mois de mars. Le groupe a par ailleurs abaissé le prix de vente du baril de brut léger vers les Etats-Unis pour avril à 3,75 dollars de moins par rapport à l'ASCI, en baisse de 7$ par rapport à mars. Le prix à destination d'Europe du Nord et de l'Ouest a été fixé à 10,25 dollars de moins que la référence de l'Ice Brent, en baisse de 8$ par baril. L'Arabie saoudite demeure le premier exportateur mondial de pétrole, ce qui explique le poids de ces décisions.

Il s'agit donc d'une décision sans précédent d'Aramco, qui lance la guerre des prix dans le secteur, favorisant les parts de marché. Le producteur saoudien a confirmé ce matin son intention de relever sa production en avril à 12,3 millions de barils / jour, niveau record (+25% de hausse). Bloomberg indique que ce niveau dépasse la capacité maximale de l'Arabie, ce qui suggère que le royaume doive même puiser dans sa réserve stratégique.

L'AIE anticipe quant à elle une baisse de la demande mondiale de pétrole cette année, ce qui constituerait une grande première depuis 2009.

La Russie a livré quelques commentaires plus positifs, n'excluant pas la possibilité de reprendre les discussions avec l'Arabie saoudite. Dmitry Peskov, porte-parole du Kremlin, a ainsi précisé que personne n'excluait cette possibilité d'une reprise des pourparlers sur une coopération entre Russie et Arabie en matière de production de pétrole. Le ministère local aux finances a estimé que les réserves de pétrole permettraient à la Russie de faire face à des prix de 25-30$ le baril pendant six à dix ans... La Russie se pense capable de renforcer sa production pétrolière de 500.000 barils par jour, ce qui porterait sa production au niveau record de 11,8 millions de barils par jour.

Sur le front économique en Europe ce mardi, la production industrielle française pour le mois de janvier 2020 s'est redressée de 1,2% en comparaison du mois antérieur selon l'Insee, alors que le consensus était de +1,8%. La lecture révisée du mois antérieur (décembre 2019) se situe à -2,5%. La production industrielle italienne quant à elle, également annoncée ce matin, a grimpé de 3,7% par rapport au mois précédent, contre +1,6% de consensus et -2,6% un mois plus tôt.

Au niveau de la zone euro, la croissance révisée du PIB corrigé des variations saisonnières pour le quatrième trimestre est ressortie à +0,1% selon Eurostat, en ligne avec la précédente estimation ainsi qu'avec le consensus. L'évolution de l'emploi est ressortie positive de +0,3%, conformément au consensus. En France, elle ressort à +0,5% sur l'emploi privé en comparaison du trimestre antérieur, contre +0,2% de consensus. La hausse de l'emploi salarié en France a accéléré à +1,1% en 2019. Au quatrième trimestre 2019, les créations nettes d'emploi salarié atteignent +90.800 en France selon l'Insee, soit +0,4%, après +0,2% au trimestre précédent.

Aucune statistique majeure n'est attendue ce mardi à Wall Street.

Les opérateurs demeurent attentifs à l'évolution de l'épidémie de coronavirus. La Chine a confirmé la meilleure impression récente, son président Xi Jinping jugeant même l'épidémie presque jugulée. Xi s'est rendu à Wuhan, épicentre initial de l'épidémie. La ville va commencer à lever les restrictions imposées ces dernières semaines. Pékin a rapporté une troisième journée sans nouveau cas d'infection hors de la province du Hubei.

En Italie, en revanche, les mesures sont draconiennes, avec l'extension à la totalité du pays des restrictions de mouvements et des événements publics. Il faut dire que le bilan local est très lourd, avec plus de 9.000 cas confirmés et près de 500 morts désormais. Le choix d'isoler le pays s'avère donc logique et presque inévitable. Les mesures prises initialement dans le nord du pays sont étendues. La fermeture des écoles est prolongée jusqu'au 3 avril, accompagnée d'une interdiction des rassemblements et des événements sportifs. Giuseppe Conte, président du conseil italien, demande aux Italiens de ne sortir de chez eux que pour le travail ou des raisons urgentes. Le réseau de transport public reste opérationnel. Le ministère de l'industrie indique que Rome va approuver des mesures d'environ 10 MdsE afin de contrer l'impact du coronavirus.

En Corée du Sud, la tendance s'améliore, le pays ayant opté rapidement pour des mesures radicales. Dans d'autres régions, en Europe notamment ou aux USA, le nombre de cas progresse avec l'augmentation des tests. Bruxelles entend se montrer plus souple afin d'aider les gouvernements de l'Union européenne à faire front. Au Japon, un nouveau package de 4,1 milliards de dollars est programmé afin de faire face aux conséquences du virus. La Banque du Japon entend aussi intervenir. L'Australie doit également annoncer un plan de relance dont le montant pourrait atteindre 10 milliards de dollars australiens.

En Chine, la crise actuelle a eu des conséquences en termes d'inflation en février. L'indice des prix à la production a reculé de 0,4% en glissement annuel, contre -0,3% de déclin attendu. L'indice des prix à la consommation a en revanche grimpé de 5,2%, comme attendu, après un bond de 5,4% en janvier, avec de très fortes progressions sur certains prix alimentaires.

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