Wall Street redouble de prudence

Wall Street redouble de prudence
Traders sur le floor du New York Stock Exchange.

Boursier.com, publié le mercredi 28 août 2019 à 11h52

La cote américaine reste assez stable avant bourse ce mercredi, hésitante avec les incertitudes internationales. L'indice large S&P500 grappille juste 0,1% en pré-séance. Hier soir, le DJIA avait corrigé de 0,47% et le Nasdaq de 0,34%. Les derniers développements concernant en particulier le dossier sino-américain n'incitent guère à l'enthousiasme. Selon l'agence Bloomberg, la crédibilité de Trump serait en effet écornée et les négociateurs chinois n'espèreraient plus vraiment d'accord avant l'élection américaine. Du côté du Royaume-Uni, le 'Brexit dur' menace et plombe également l'ambiance.

Sur le marché des changes, l'indice dollar gagne 0,1% à 98,1. Sur le Nymex, le baril de brut WTI prend 1,4% à 55,7$, alors que le Brent de la mer du Nord avance de 1% à 59,6$.

Sur le front économique ce jour outre-Atlantique, l'indice State Street de confiance des investisseurs institutionnels pour le mois d'août 2019 sera communiqué à 16h, tandis que le traditionnel rapport hebdomadaire du Département à l'énergie concernant les stocks pétroliers domestiques américains, pour la semaine close au 23 août, sera révélé à 16h30 (consensus -2,8 millions de barils sur les stocks de brut).

Le dossier sino-américain demeure épineux. Rappelons que le ministère chinois aux affaires étrangères a confirmé hier mardi... n'avoir pas entendu parler d'un quelconque appel téléphonique récent entre les Etats-Unis et la Chine, cette confidence intervenant alors que Trump et son secrétaire au Trésor Steven Mnuchin avaient auparavant fait état de contacts entre les deux parties. Le ministère chinois, cité par Reuters, affirme espérer que Washington puisse 'stopper ses actions mauvaises' pour créer les conditions de la reprise des négociations.

Donald Trump avait salué avant-hier à Biarritz la volonté du président chinois Xi Jinping de parvenir à un accord commercial avec les Etats-Unis. Ainsi, le président américain affirmait que Pékin avait exprimé dimanche le souhait de reprendre les négociations. Il semblerait donc que le leader de la Maison blanche tente de jouer l'apaisement, suite au choc de fin de semaine dernière. Il avait d'abord surpris les marchés en demandant aux entreprises américaines de chercher tout simplement des solutions alternatives à la Chine, avant de faire état d'une hausse de 5% supplémentaires des taxes sur l'ensemble des importations provenant de Chine. Le ton change une fois encore complètement, puisque Trump pense que les USA vont négocier très prochainement et trouver un accord avec la Chine.

Le vice-Premier ministre chinois Liu He, négociateur en chef du pays pour les questions commerciales avec Washington, a affirmé pour sa part que Pékin souhaitait résoudre ce conflit par des négociations apaisées. "Grand respect pour le fait que le Président Xi & ses Représentants désirent 'une résolution dans le calme'. Je suis si impressionné qu'ils soient disposés à en parler & énoncer les faits avec autant de précision. C'est pourquoi il est un grand leader & représente un grand pays. Les discussions continuent!", a insisté Trump en début de semaine sur Twitter.

Pour en revenir aux événements de vendredi, rappelons que Trump avait alors durci le ton face à la Chine, suite à l'annonce par Pékin de tarifs douaniers portant sur 75 milliards de dollars de produits américains. "Notre Pays a perdu, stupidement, des Billions de Dollars avec la Chine durant de nombreuses années. Ils ont volé notre Propriété Intellectuelle à un rythme de Centaines de Milliards de Dollars par an, & ils veulent continuer. Je ne laisserai pas cela se produire! Nous n'avons pas besoin de la Chine et, franchement, nous serions bien mieux sans elle", avait alors lancé Trump.

Le locataire de la Maison blanche évoquait les larges sommes "accumulées et volées" par la Chine, "année après année, durant des décennies". "Nous ordonnons ainsi à nos grandes entreprises américaines de commencer immédiatement à chercher une alternative à la Chine, notamment en ramenant leurs compagnies à la MAISON et en fabriquant leurs produits aux USA", avait même lancé Trump, avant de répondre aux 'tarifs' chinois par de nouvelles taxes.

"Pendant de nombreuses années, la Chine (et de nombreux autres pays) ont tiré profit des États-Unis sur le Commerce, par le Vol de Propriété Intellectuelle, et bien plus encore. Notre Pays a perdu des CENTAINES DE MILLIARDS DE DOLLARS par an au profit de la Chine", avait déploré Trump vendredi soir. "En tant que Président, je ne peux plus permettre que cela se produise!", a ajouté le leader américain, soucieux d'un "commerce juste" et "équilibré" avec la Chine. Trump a annoncé qu'à partir du 1er octobre, les 250 milliards de dollars de produits chinois actuellement taxés à 25% allaient l'être à 30%. De plus, les 300 milliards de dollars restants qui devaient être taxés le 1er septembre à 10% le seront à 15%.

Trump a su rester relativement calme hier soir sur Twitter, après avoir fait flancher les marchés en fin de semaine dernière par ses menaces virulentes contre la Chine. Il s'est tout de même autorisé un petit tacle, techniquement assez classique, visant la Fed. "La Réserve Fédérale adore regarder nos industriels lutter avec leurs exportations, au profit d'autres parties du monde. Quelqu'un a-t-il seulement regardé ce que pratiquement tous les autres pays font pour tirer profit des bons vieux USA? Notre Fed a eu faux pendant trop longtemps!"

The Federal Reserve loves watching our manufacturers struggle with their exports to the benefit of other parts of the world. Has anyone looked at what almost all other countries are doing to take advantage of the good old USA? Our Fed has been calling it wrong for too long!
- Donald J. Trump (@realDonaldTrump)

Rappelons que Trump avait précédemment demandé à la Fed de baisser ses taux d'un point entier et de reprendre l'assouplissement monétaire quantitatif, face au risque de ralentissement économique plus prononcé - et accessoirement à l'approche des échéances électorales. Selon l'outil FedWatch du CME Group, la Fed devrait très probablement baisser ses taux le 18 septembre à l'issue de sa prochaine réunion monétaire, mais d'un quart de point 'seulement' ('proba' de 95%, contre 5% de probabilité d'une baisse d'un demi-point), dans une fourchette allant de 1,75 à 2%, contre 2-2,25% actuellement.

La livre sterling décroche face au dollar et à l'euro alors que le gouvernement britannique envisagerait de suspendre le Parlement jusqu'au 14 octobre, soit deux semaines avant la date prévue du Brexit. Une mesure qui pourrait entraver les efforts des législateurs pour bloquer un Brexit sans accord et même déclencher une crise constitutionnelle. Selon ce plan, toutes les affaires seraient suspendues à partir du 11 septembre jusqu'à ce qu'un discours de la Reine, le 14 octobre, donne le coup d'envoi d'une nouvelle session parlementaire, a déclaré sur Twitter Laura Kuenssberg, journaliste chez la 'BBC'. "C'est un outrage inconstitutionnel et antidémocratique que l'on n'a jamais vu dans l'histoire britannique récente", affirme de son côté le député travailliste, Stephen Doughty...

Autodesk ou HPE publiaient leurs comptes hier soir à Wall Street. H&R Block, PVH, Coty, Tiffany, Williams-Sonoma et Guess, annoncent par ailleurs ce mercredi leurs résultats trimestriels.

Autodesk, société californienne d'édition de logiciels de création et de contenu numérique, décrochait après bourse à Wall Street hier soir suite à ses annonces financières. Le groupe a donc réduit ses estimations annuelles, évoquant son exposition large aux secteurs manufacturiers et de construction, qui pourrait peser sur sa guidance. Pour l'exercice fiscal, Autodesk a abaissé ses estimations de bénéfices non-GAAP dans une fourchette allant de 2,69 à 2,81$, alors qu'il envisageait auparavant un bpa ajusté de 2,71-2,90$. Sur cet exercice clos en janvier 2020, les revenus sont attendus entre 3,24 et 3,27 milliards de dollars, ce qui constitue ici encore un avertissement.

Pour le seul troisième trimestre fiscal, le groupe table sur des revenus allant de 820 à 830 millions de dollars, alors que le bpa ajusté est attendu entre 70 et 74 cents. Le consensus était de 77 cents de bpa ajusté et 839 millions de dollars de ventes. Enfin, pour le second trimestre fiscal clos fin juillet 2019, le groupe a réalisé des revenus de 797 millions de dollars en vive progression de 30%, contre 787 M$ de consensus. Le bénéfice non-GAAP trimestriel par titre a atteint 65 cents, contre 61 cents de consensus.

Hewlett Packard Enterprise est attendu en vive progression de 6% avant bourse à Wall Street. Le groupe a publié en effet hier soir des profits trimestriels supérieurs aux attentes, rehaussant par ailleurs ses prévisions financières annuelles. Sur le troisième trimestre, constate le directeur général Antonio Neri, HPE a amélioré ses marges, délivré de solides résultats non-GAAP et généré un niveau record de free cash flow. Le groupe californien de San Jose a annoncé pour le trimestre clos un bpa non-GAAP de 45 cents, pour des revenus en repli de 7% à 7,22 milliards de dollars. Le consensus était de 40 cents de bpa ajusté et 7,3 Mds$ de recettes.

Le groupe a prévenu d'une faiblesse des marchés des ordinateurs et du stockage de données, face au ralentissement économique et à la guerre commerciale. HPE, qui conçoit notamment des serveurs et outils hardware de stockage, entend se concentrer sur les offres à plus fortes marges. Le groupe relève sa guidance de bénéfice ajusté par action entre 1,72 et 1,76$ pour l'exercice, contre 1,68$ de consensus.

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