Wall Street : retour au calme ?

Wall Street : retour au calme ?
Un trader sur le floor du New York Stock Exchange.

Boursier.com, publié le mardi 20 août 2019 à 11h56

Après deux séances d'un copieux rallye (+0,96% sur le DJIA et +1,35% pour le Nasdaq hier), la cote américaine temporise ce mardi. Les indices américains sont ainsi attendus assez stables avant bourse. Sur le marché des changes, l'indice dollar, mesurant l'évolution du billet vert face à un panier de devises, est presque inchangé à 98,4. Du côté des matières premières, le baril de brut WTI avance de 0,2% à 56,2$.

La prise de risque est donc extrêmement limitée pour l'heure, en l'absence d'actualité économique outre-Atlantique ou de résultats importants d'entreprises cotées. Les investisseurs s'interrogent toujours à propos des risques de récession. Alors qu'hier, un spécialiste de JP Morgan avait plutôt réconforté en estimant surfaites les craintes de court terme, un expert de Morgan Stanley livre pour sa part une analyse bien plus pessimiste et anticipe une correction boursière dans les semaines à venir, quelles que soient les futures annonces de Trump ou de la Fed...

Donald Trump demeure comme toujours très actif sur le réseau social Twitter. Ainsi, le président américain a affirmé hier soir que l'économie des États-Unis demeurait très forte, "malgré le manque de vision épouvantable de Jay Powell et de la Fed", et alors que les Démocrates tentent selon lui de "vouloir" que l'économie soit mauvaise en vue de l'élection de 2020. "Très égoïste! Notre dollar est si fort qu'il fait tristement mal aux autres régions du monde", ajoute Trump, selon lequel les taux de la Fed devraient, sur une période assez courte, "être réduits d'au moins 100 points de base, avec peut-être également un certain assouplissement quantitatif". "Si cela se produisait, notre Économie serait encore meilleure et l'Économie Mondiale se renforcerait grandement et rapidement - ce qui serait bénéfique pour tous!", indique le dirigeant américain.

.....The Fed Rate, over a fairly short period of time, should be reduced by at least 100 basis points, with perhaps some quantitative easing as well. If that happened, our Economy would be even better, and the World Economy would be greatly and quickly enhanced-good for everyone!
- Donald J. Trump (@realDonaldTrump)

Sur ce même réseau social Twitter, Trump affirme avoir eu une "grande discussion" avec le Premier ministre du Royaume-Uni, Boris Johnson. "Nous avons parlé du Brexit et de la manière de parvenir rapidement à un accord de libre-échange américano-britannique. J'ai hâte de rencontrer Boris ce week-end, au G7 en France!", s'est ému Trump.

Boris Johnson a lui demandé à l'Allemagne et à la France de s'ouvrir à un compromis au sujet du Brexit. Johnson assure que le Royaume-Uni est quoi qu'il en soit prêt à éventuellement quitter l'Union européenne sans accord le 31 octobre. Le chef du gouvernement britannique, attendu à Berlin après-demain puis à Paris jeudi, constate que ses partenaires sont quelque peu réticents à changer d'attitude, mais se dit convaincu qu'ils feront des compromis. "Ils ont vu que le Parlement britannique avait rejeté trois fois l'accord de retrait, que le backstop ne fonctionne pas, que ce n'est pas démocratique. J'espère qu'ils jugeront bon de faire des compromis", indique Johnson, cité notamment par Reuters. "Je veux un accord. Nous sommes prêts à travailler avec nos amis et partenaires pour y parvenir, mais pour obtenir un bon accord pour le Royaume-Uni, il faut simultanément se préparer à partir sans", a philosophé le dirigeant.

Parmi les rares statistiques de conjoncture du jour, l'indice allemand des prix à la production pour le mois de juillet 2019 est ressorti en augmentation de +0,1% en comparaison du mois antérieur, alors que le consensus de place était celui d'une stabilité. Les prix à la production en Allemagne avaient reculé de 0,4% un mois auparavant. En comparaison du mois de juillet 2018 cette fois, l'indice allemand des prix à la production s'est apprécié de 1,1%, contre +1% de consensus chez les économistes de la place et +1,2% en glissement annuel pour le mois antérieur.

Malgré les incertitudes persistantes concernant l'économie ou la géopolitique, les opérateurs conservent leur sang-froid. Il faut dire que certains, alarmés par l'inversion de la courbe des taux à deux et dix ans la semaine dernière outre-Atlantique, avaient sans doute joué un peu trop vite le scénario d'une récession. Dans le même temps, les nouvelles concernant le conflit commercial sino-américain sont un peu plus positives. Enfin, le retour au calme sur le marché obligataire, temporaire ou pas, rassure quelque peu. Wall Street est ainsi parvenu hier soir à valider une seconde séance de vif rebond.

Avant-hier dimanche, Donald Trump a balayé d'un revers de main l'hypothèse d'une récession. "Je ne pense pas que nous aurons une récession", a tranché le président américain, estimant que les USA iraient "incroyablement bien", avec de riches consommateurs "aux poches pleines" grâce aux mesures fiscales. JP Morgan assure de son côté que les marchés actions peuvent atteindre de nouveaux sommets, inversion de la courbe ou pas. Mislav Matejka, stratège de la banque, cité par Bloomberg, pense que les actions vont se reprendre dès début septembre. Il rappelle en effet que l'inversion de la courbe des taux n'est pas le signe d'une récession immédiate. Une telle inversion a en fait plutôt précédé les retournements économiques de 17 mois en moyenne et les pics boursiers de 11 mois... Morgan Stanley n'est pas du tout de cet avis. Mike Wilson, responsable des investissements de la banque, juge que la tendance va au contraire se détériorer dans les semaines à venir avec une possible chute du S&P500 sous les 2.700 pts...

Le président américain Donald Trump a lui confirmé sur Twitter durant le week-end que les discussions se passaient "très bien" avec la Chine. Le leader de la Maison blanche a toutefois ajouté qu'il n'était toujours "pas prêt" à conclure un accord. Il attend notamment une résolution du conflit à Hong Kong.

Les États-Unis ont prolongé comme attendu les exemptions accordées au controversé colosse télécom chinois Huawei, l'autorisant ainsi pour trois mois supplémentaires à commercer avec des entreprises américaines. C'est ce qu'a confirmé hier le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, sur Fox Business. En revanche, une cinquantaine de filiales du groupe chinois ont été placées sur une 'liste d'entités', ce qui les obligera à demander une exemption pour pouvoir à leur tour faire des affaires avec les entreprises américaines. En mai, l'administration Trump avait déjà accordé un sursis à Huawei en levant des restrictions.

Après avoir reporté déjà il y a quelques jours les droits de douane sur certaines importations de marchandises provenant de Chine (téléphones mobiles, ordinateurs portables et consoles de jeu vidéo notamment), Trump semble donc assouplir un peu plus sa position en accordant ce délai à Huawei. Dans les deux cas, ce sont les intérêts des Etats-Unis qui sont avancés, afin de ne pas plomber la consommation durant la période des fêtes de fin d'année (concernant les tarifs douaniers), et de ne pas handicaper les entreprises commerçant avec le géant chinois des équipements télécoms. L'autorisation d'Huawei avait déjà été prolongée jusqu'au 19 août.

Trump a indiqué à l'occasion d'une rencontre avec Tim Cook, patron d'Apple, que le groupe à la pomme allait investir massivement aux Etats-Unis. Le groupe de Cupertino a confirmé ces intentions, se disant en bonne voie pour contribuer à hauteur de 350 milliards de dollars à l'économie américaine d'ici 2023. Il s'agit d'une bonne nouvelle pour l'économie U.S., même si le groupe californien avait déjà fait état de tels plans en 2018. Apple prévoit de créer 20.000 emplois de plus aux USA (hors sous-traitants) dans les quatre prochaines années. Les deux hommes se sont entretenus au sujet notamment des droits de douane ou de la concurrence de Samsung. Le président américain a reconnu que les arguments de Cook étaient très convaincants.

Les prochains droits de douane de 10% supplémentaires imposés par Washington à Pékin, portant sur 300 milliards de dollars d'importations additionnelles venant de Chine, doivent s'appliquer en deux temps. Certains produits d'Apple concernés par ce nouveau volet ne seraient pas surtaxés avant le 15 décembre - le MacBook en particulier. Apple Watch, HomePod ou AirPod d'Apple seront néanmoins frappés par les tarifs douaniers dès septembre. Trump avait précédemment assuré qu'Apple ne bénéficierait pas d'exemption sur les droits de douane...

Le conseiller économique de la Maison blanche, Larry Kudlow, a expliqué enfin que de nouvelles négociations allaient avoir lieu d'ici une dizaine de jours et qu'une délégation chinoise pourrait bien se rendre aux Etats-Unis.

En Europe, c'est toujours l'espoir d'un plan de relance en Allemagne qui soutient la tendance. Suite à la publication vendredi par Der Spiegel d'un article faisant état d'un potentiel plan de soutien en cas de récession, le ministre allemand aux Finances, Olaf Scholz, a précisé que Berlin avait effectivement les moyens d'agir en cas de crise, comme lors de la crise financière de 2008 pour laquelle le pays avait mobilisé 50 milliards d'euros.

Les investisseurs suivront par ailleurs avec la plus grande attention vendredi le discours du président de la Fed, Jerome Powell, lors du symposium économique de Jackson Hole, dans le Wyoming. Powell précisera à cette occasion sa perception de l'économie actuelle et donnera peut-être des indications nouvelles sur les futures actions de politique monétaire après la baisse des taux d'un quart de point validée en juillet - la première depuis 2008. Les opérateurs anticipent encore un geste d'un quart de point en septembre, alors que Powell a pourtant bien affirmé que la décision de juillet ne marquait pas le début d'un cycle d'assouplissement.

Dans l'actualité des entreprises, Baidu - le Google chinois - a annoncé hier après bourse à Wall Street. Les derniers chiffres ont convaincu, le titre étant attendu en vive progression de 10% en pré-séance.

Toll Brothers, Medtronic, Urban Outfitters, Madison Square Garden, Cree ou Home Depot, publient leurs derniers comptes trimestriels à Wall Street ce jour.

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