Wall Street risque encore de plonger !

Wall Street risque encore de plonger !
Donald Trump durant une interview accordée à Reuters à la Maison Blanche.

Boursier.com, publié le jeudi 12 mars 2020 à 10h46

Wall Street est attendu encore en forte baisse avant bourse ce jeudi, le S&P500 abandonnant 4,3% et le Nasdaq affichant un déclin comparable. Le Dow Jones fléchit de 4,6%. L'indice dollar reste pour sa part stable à 96,5. Les cours du pétrole trébuchent encore de plus de 5% sur le WTI et le Brent de la mer du Nord. Les marchés demeurent plombés par les craintes relatives au coronavirus et à son fort impact économique au niveau mondial.

Donald Trump a suspendu les voyages en provenance des vingt-six pays européens de l'espace Schengen pour 30 jours, à compter de vendredi minuit. Le décret suspend l'entrée sur le territoire américain d'étrangers s'étant rendus dans des pays de l'espace Schengen lors des 14 jours précédant la date de leur arrivée aux USA. Ces mesures ne concernent toutefois pas (encore) le Royaume-Uni ni les ressortissants américains.

Trump a par ailleurs dévoilé d'autres mesures économiques afin de compenser l'impact de l'épidémie sur les entreprises. Il a demandé au département au Trésor de différer les paiements d'impôts sans pénalités pour certaines firmes et personnes victimes de l'impact du virus.

Le leader américain a estimé qu'il s'agissait des actions les plus agressives et complètes jamais menées dans l'histoire moderne pour lutter contre un virus étranger. Depuis la Maison blanche, Trump s'est estimé par ailleurs convaincu qu'en poursuivant des mesures strictes, les USA soient en mesure de limiter significativement la menace pour les Américains. "Nous finirons par vaincre rapidement ce virus", a lancé le président américain depuis le Bureau ovale. Trump a affirmé que le commerce n'allait pas être affecté par les mesures, les restrictions bloquant les personnes et non les marchandises.

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- Donald J. Trump (@realDonaldTrump)

Trump dit espérer par ailleurs que la réduction des taxes sur les salaires soit approuvée par les républicains et démocrates du Congrès.

Hoping to get the payroll tax cut approved by both Republicans and Democrats, and please remember, very important for all countries & businesses to know that trade will in no way be affected by the 30-day restriction on travel from Europe. The restriction stops people not goods.
- Donald J. Trump (@realDonaldTrump)

Les propos du président américain n'ont pas rassuré les marchés, sa gestion de la crise sanitaire restant très critiquée à l'approche de l'élection présidentielle de novembre. Trump n'a par ailleurs pas déclaré l'état d'urgence nationale... Les Etats-Unis comptent à l'heure actuelle environ 1.300 cas de coronavirus et une quarantaine de morts. Trump a accusé directement l'Europe d'être responsable de la propagation, l'Union européenne n'ayant selon lui pas été capable de prendre les précautions nécessaires, alors que les USA avaient quant à eux rapidement restreint les voyages en provenance de Chine.

L'Union européenne n'aurait toutefois pas été prévenue par avance des mesures prises. Le président du Conseil européen Charles Michel indique que la situation sera examinée dans la journée.

L'Organisation mondiale de la santé considère pour sa part l'épidémie comme une pandémie, a confirmé hier son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus. "Nous sommes extrêmement préoccupés tant par le niveau alarmant et par la sévérité de la propagation que par le niveau d'inaction. Nous avons donc décidé de considérer que le Covid-19 peut être qualifié de pandémique", a affirmé le leader de l'OMS, alors que le nombre de nouveaux cas hors de Chine s'est multiplié.

Alors que la propagation du coronavirus s'accélère dans la zone euro, la Banque centrale européenne est très attendue, ce jeudi à l'issue de sa réunion de politique monétaire. Sa présidente Christine Lagarde a d'ores et déjà assuré ces derniers jours que l'institution étudiait "tous les outils à sa disposition", en particulier ceux permettant de fournir des financements très bon marché et évitant un assèchement de la liquidité sur les marchés.

Lors d'une vidéoconférence organisée mardi soir, Mme Lagarde a aussi prévenu les dirigeants politiques de l'Union Européenne que sans réponse concertée face au coronavirus, l'Europe pourrait faire face à un choc économique comparable à celui de la crise de 2008... En revanche, en cas de réponse appropriée, le choc ne serait probablement que temporaire, a-t-elle ajouté.

La décision du conseil de la BCE sera annoncée par communiqué de presse à 13h45, et sera suivie d'une conférence de presse de Christine Lagarde à partir de 14h30.

La BCE dispose d'une marge de manoeuvre moins importante que la Réserve fédérale américaine pour réduire ses taux directeurs. La Fed a réduit dès le 3 mars dernier son taux des fed funds d'un demi-point pour le ramener entre 1% et 1,25%. Du coté de la BCE, le principal taux directeur, le taux 'refi', est déjà au plancher, et son taux de dépôt est négatif (à -0,5%), mais la BCE dispose encore d'outils non conventionnels pour agir sur la liquidité et le crédit...

Selon un consensus de marché établi par 'Reuters', la BCE devrait annoncer ce jeudi une nouvelle baisse de 10 points de base de son taux de dépôt, qui passerait ainsi de -0,5% à -0,6%. Ce taux négatif, appliqué aux réserves excédentaires que les banques placent auprès de la BCE, correspond donc à une pénalité pour les banques, ce qui devrait les encourager à prêter aux acteurs économiques plutôt qu'à confier leurs liquidités à la BCE.

En outre, selon le consensus, la banque centrale européenne devrait augmenter ses rachats d'obligations d'entreprises, dans le cadre de son programme de rachat d'actifs (QE). La BCE a repris ce programme d'achats depuis novembre 2019 au rythme de 20 milliards d'euros par mois.

Jeudi, la banque centrale pourrait donc augmenter la part des obligations d'entreprises qu'elle achète, ce qui fournirait de la liquidité et stabiliserait ce marché de la dette "corporate". Certains pensent qu'elle pourrait aussi accroître le montant total des achats au-delà de 20 MdsE par mois.

Une autre piste probable attendue dès la réunion de jeudi par certains investisseurs est celle d'un assouplissement des conditions des prêts ciblés de la BCE aux banques de la zone euro (programme dit "TLTRO"). Les prêts pourraient ainsi être orientés vers les banques s'engageant à prêter aux PME des secteurs les plus affectés par la crise du coronavirus.

Le Secrétaire général de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), Zurab Pololikashvili, à la tête d'une délégation, s'est rendu hier au siège de l'OMS à Genève pour renforcer l'action concertée des deux institutions face à la flambée mondiale de maladie à coronavirus 2019 (COVID-19).

La Bourse de New York a fini en net recul mercredi, accroissant ses pertes après la décision de l'OMS de qualifier officiellement le coronavirus de pandémie, car il affecte désormais l'ensemble de la planète. Le Covid-19 a désormais touché près de 125.000 personnes dans le monde et a tué au moins 4.589 patients, dont plus de 1.400 hors de Chine (et 31 aux Etats-Unis). Les marchés s'inquiètent désormais des risques de récession mondiale, tandis que les gouvernements et les banques centrales adoptent des mesures de soutien, sans donner pour autant un sentiment de coordination qui rassurerait davantage les investisseurs. Donald Trump a annoncé qu'il ferait des annonces mercredi soir après la clôture.

A la clôture, l'indice Dow Jones a dévissé de 5,86% à 23.553 points (après +4,8% mardi et -7,8% lundi), tandis que l'indice large S&P 500 a lâché 4,89% à 2.741 pts (+4,94% mardi et -7,60% lundi) et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a perdu 4,7% à 7.952 pts (+4,95% mardi et -7,3% lundi). Le Dow Jones est tombé dans un marché baissier ("bear market") caractérisé par une baisse de plus de 20% par rapport à ses derniers pics, et les deux autres indices frôlent ce seuil.

Face la menace sanitaire, les autorités politiques et monétaires s'activent pour soutenir leurs économies face à la désorganisation de l'activité et la chute de la demande. La crise se double d'un krach pétrolier qui risque d'affecter les pays producteurs, les cours du pétrole ayant plongé de plus de 35% en une semaine, après l'éclatement de l'accord entre l'Opep et la Russie. Mercredi, les cours du baril de brut léger américain (WTI) et du Brent de mer du Nord sont repartis en baisse d'environ 4% : l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ont annoncé mercredi de nouvelles hausses de production pour avril, ce qui équivaut à inonder un marché déjà gorgé d'or noir...

Aux Etats-Unis, les investisseurs sont restés sur leur faim mardi soir, alors qu'ils attendaient un plan de soutien de la part du président Donald Trump, qui avait promis la veille de mesures "très spectaculaires". La veille, Donald Trump avait appelé au calme face au Covid-19. "Cela va s'en aller. Restez calme. Cela va s'en aller", a-t-il dit, après sa rencontre au Capitole avec des parlementaires républicains. "Nous voulons protéger notre secteur maritime, notre secteur des croisières, les navires de croisière. Nous voulons protéger notre secteur aérien", a-t-il ajouté sans entrer dans les détails. En fin de semaine dernière, le Congrès américain et Donald Trump avaient débloqué une aide d'urgence de 8,3 milliards de dollars pour le traitement et la prévention du coronavirus.

En Europe, les annonces se multiplient. Alors que la BCE est très attendue, la Banque d'Angleterre a réduit sans attendre mercredi ses taux directeurs d'un demi-point pour les ramener à 0,25%, et a mis en place des programmes de soutien aux PME et aux banques commerciales. Le gouvernement britannique a annoncé un plan de soutien de 30 milliards de livres (34,3 MdsE), tandis que le gouvernementitalien a annoncé un plan d'aide de 25 MdsE pour lutter contre l'épidémie. L'Italie est le pays européen le plus touché, le nombre de malades ayant dépassé mercredi 10.000 personnes.

L'Union européenne va de son côté mettre en place un fonds d'investissement doté au total de 25 milliards d'euros, et s'apprête à assouplir les règles financières imposées à ses membres afin d'affronter cette période de crise.

A l'issue d'un sommet européen extraordinaire, tenu mardi soir par vidéoconférence en raison de l'épidémie, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a assuré qu'elle allait utiliser "tous les instruments à disposition" pour soutenir les économies affectées par l'épidémie de nouveau coronavirus.

Mercredi, la chancelière allemande Angela Merkel s'est dite prête, pour la première fois, à abandonner la sacro-sainte règle du zéro déficit budgétaire en Allemagne, souvent critiquée à l'étranger, pour faire face aux conséquences économiques de l'épidémie. La dirigeante allemande a en outre émis un pronostic alarmiste, estimant que "60 à 70%" de la population allemande pourrait à terme être infectée par le coronavirus, si aucun traitement ni vaccin ne sont découverts dans les prochains mois. En France, le président Emmanuel Macron doit faire une allocution télévisée ce jeudi soir à 20h. Il s'agira de sa première allocution depuis le début de la crise sanitaire.

Les prix du pétrole sont repartis en baisse mercredi, le baril de brut WTI abandonnant 4% à 32,98$ sur le Nyse (contrat à terme d'avril) et le Brent de la mer du Nord régressant de 3,8% à 35,79$ (contrat à terme de mai). Mardi soir, les cours du brut s'étaient envolés de plus de 10% sur un brusque sursaut technique, après avoir perdu la veille le quart de leur valeur !

Les marchés ont manifesté quelques espoirs mardi malgré l'échec des négociations de l'Opep+ en fin de semaine dernière, suivies de décisions sans concession de l'Arabie saoudite, qui a choisi d'abaisser ses prix en dopant par ailleurs sa production. Les opérateurs ne perdent pas totalement espoir et n'excluent pas une reprise éventuelle des pourparlers, la Russie adoptant désormais un discours plus modéré.

Néanmoins, le ministère saoudien à l'Energie a demandé mercredi à Aramco de renforcer sa capacité de production d'un million de barils / jour, une première en plus d'une décennie. La capacité passerait donc à 13 millions de barils, contre 12 millions actuellement. Aramco avait précédemment affirmé son intention de vendre plus de 12,3 millions de barils / jour en avril, un niveau record. Les Emirats arabes unis, alliés de l'Arabie saoudite au sein de l'Opep, se sont eux aussi dit prêts à renforcer leur production pétrolière d'un million de barils / jour ou plus.

Aux Etats-Unis, selon le rapport hebdomadaire du Département américain à l'Énergie concernant les stocks pétroliers domestiques pour la semaine close au 6 mars, les stocks de brut hors réserve stratégique ont progressé de 7,7 millions de barils en comparaison de la semaine antérieure, alors que les stocks d'essence ont décliné de 5 millions de barils. Les stocks de distillés ont régressé de 6,4 millions de barils.

Parmi les autres développements récents, des dirigeants américains de banques auraient selon le Wall Street Journal informé Trump de leur capacité à faire face à la crise... La NBA a suspendu la saison, un joueur (Rudy Gobert) ayant été contrôlé positif au coronavirus.

En Italie, des efforts majeurs sont déployés, alors que le pays compte maintenant plus de 12.000 contaminations et plus de 800 morts. Les commerces seront fermés dès ce jeudi à l'exception des commerces alimentaires et de santé, a précisé le président du Conseil italien Giuseppe Conte. Bars et restaurants seront fermés. "Nous ne verrons les effets de ces efforts considérables que dans quelques semaines", a nuancé Conte.

La Chine affirme pour sa part que le pic d'infection est passé dans le pays, alors que le nombre des nouveaux cas demeure anecdotique. Le pire semble également être passé pour la Corée du Sud, qui a rapporté ce jeudi 114 nouveaux cas confirmés pour six décès. Le virus a contaminé 7.869 personnes en Corée du Sud et fait 66 morts, selon le centre local de prévention des maladies.

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