Wall Street sans relief après la Fed, malgré l'espoir commercial

Wall Street sans relief après la Fed, malgré l'espoir commercial
Le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping à Pékin.

Boursier.com, publié le jeudi 19 septembre 2019 à 11h56

La cote américaine est attendue en léger retrait avant bourse ce jeudi, le S&P500 corrigeant de 0,2% et le Nasdaq de 0,3%, au lendemain d'une décision sans grande surprise de la Fed, et alors que les rumeurs persistent concernant un potentiel accord commercial intermédiaire dès le mois d'octobre entre Washington et Pékin - passant par un report des nouveaux 'tarifs' et des concessions sur le dossier Huawei en échange d'achats de produits agricoles américains et d'autres gestes de la Chine...

Des négociations doivent avoir lieu ce jeudi et demain vendredi, visant à poser les bases des discussions de plus haut niveau qui interviendront début octobre à Washington entre les délégations des deux superpuissances. Une délégation d'une trentaine de responsables chinois, menée par le vice-ministre des Finances Liao Min, doit relancer les négociations ce jour dans les bureaux de l'USTR (U.S. Trade Representative) près de la Maison blanche. C'est Jeffrey Gerrish de l'USTR qui devrait, selon Reuters, mener l'équipe américaine... Les discussions devraient se concentrer sur la question des produits agricoles, afin que la Chine augmente significativement ses achats de soja et d'autres matières premières agricoles venues des USA.

Sur le front économique ce jour aux USA, les inscriptions au chômage pour la semaine close au 14 septembre seront communiquées à 14h30 (consensus 215.000), à la même heure que l'indice manufacturier de la Fed de Philadelphie du mois de septembre (consensus 11) ou que la balance des comptes courants du second trimestre (consensus -125,8 Mds$). Les ventes de logements existants du mois d'août seront révélées à 16 heures (consensus au rythme de 5,38 millions d'unités). L'indice des indicateurs avancés du mois d'août sera lui aussi dévoilé à 16 heures (consensus stable)...

La bourse de New York a fini hier sur une note mitigée, les investisseurs étant partagés sur l'analyse des dernières annonces de la Réserve fédérale américaine. Celle-ci a comme espéré abaissé d'un quart de point son principal taux directeur, à 1,75%-2%, mais ses membres sont apparus indécis et divisés sur la future politique monétaire, ce qui a dérouté les marchés. Donald Trump a de son coté affiché sa défiance, en accusant la banque centrale de ne pas avoir de "tripes". Les indices boursiers ont dans un premier temps réagi à la baisse après les annonces de la Fed, mais ont ensuite remonté la pente. A la clôture, l'indice Dow Jones a gagné 0,13% à à 27.147 points, tandis que l'indice large S&P 500 a fini stable (+0,03%) à 3.006 pts, et que le Nasdaq a reculé de 0,11% à 8.177 pts.

Comme espéré par les marchés, la Fed a donc réduit mercredi les taux des "fed funds" d'un quart de point pour les ramener à 1,75%-2%, son deuxième geste d'assouplissement monétaire depuis celui du 31 juillet dernier. La Fed a justifié cette baisse, largement attendue par les acteurs de la finance mondiale, par la faiblesse de l'investissement et des exportations, tout en notant la solidité du marché de l'emploi et la hausse des dépenses des ménages.

Mais les membres de la banque centrale ont affiché de fortes divisions quant aux prochaines étapes de la politique monétaire américaine. Les nouvelles projections de la Fed, publiées mercredi, montrent ainsi que 5 membres veulent garder les taux à leur niveau actuel d'ici à la fin de l'année, tandis que 5 autres veulent les abaisser encore d'un quart de point, et que 7 d'entre eux jugent appropriée une baisse d'un demi-point d'ici à décembre.

Lors de sa conférence de presse, le président de la Fed Jerome Powell a cependant quelque peu rassuré les marchés, en indiquant que la banque centrale pourrait reprendre ses achats de titres plus tôt que prévu. Il a toutefois écarté l'idée de recourir à des taux négatifs en cas de récession, "je ne pense pas que ceux-ci seront en tête de notre liste", a ainsi déclaré le président Powell, tout en affirmant que la Fed se préparait à "être agressive s'il s'avère que c'est nécessaire".

Comme on pouvait s'y attendre, les annonces de la Fed n'ont pas suffi à satisfaire Donald Trump. Le président américain, qui réclame à la banque centrale des baisses spectaculaires afin d'affaiblir le dollar et de relancer l'économie américaine, s'est fendu d'un nouveau tweet comminatoire, jugeant que "Jay Powell et la Réserve fédérale échouent encore une fois. Pas de "tripes", pas de sens, pas de vision ! Un très mauvais communicant!"

En fin de conférence de presse, Jerome Powell lui a indirectement répondu en indiquant que "le moral à la Fed était au beau fixe, malgré les critiques de Donald Trump".

Par ailleurs, les marchés s'inquiètent de la crédibilité de la Fed, qui a été contrainte d'intervenir pour calmer les marchés monétaires, où les taux au jour le jour ont flambé mardi, créant une crainte de manque de liquidités. Afin de calmer les esprits, la banque centrale a abaissé mercredi le taux sur les réserves excédentaires (le taux auquel sont rémunérées les dépôts des banques auprès de la Fed) à 1,8% contre 2,1% auparavant. La Fed a effectué mardi une "injection technique de liquidités" portant sur 53 milliards de dollars d'actifs, afin de maintenir les taux à court terme près de sa cible. Elle est ensuite intervenue une deuxième fois, mercredi, à hauteur de 75 Mds$, à travers son outil de prise de fonds en pension (repo), a indiqué l'antenne de New York de la Banque centrale.

Les analystes expliquaient l'envolée des taux au jour le jour par des facteurs techniques liés à une forte demande de liquidités, notamment de la part des entreprises qui doivent faire face ces jours-ci à d'importantes échéances fiscales. Par ailleurs, le besoin de financement du gouvernement ainsi que la décrue des réserves de la Fed dans le cadre de la réduction de son bilan figuraient parmi les raisons avancées par les analystes pour expliquer ces tensions sur les marchés du refinancement à court terme.

Cette intervention, un événement sans précédent depuis 2008, en pleine crise des crédits subprimes, a rendu les marchés nerveux, des analystes soulignant qu'elle fait courir à la Fed le risque de perdre le contrôle des taux à court terme, qui sont son principal outil de pilotage de la politique monétaire.

Sur le segment des matières premières ce jeudi, les prix du pétrole repartent à la hausse. Le baril de brut WTI prend 1,5% à 58,9$ sur le Nymex, alors que le Brent de la mer du Nord avance de 2% vers les 65$. Les questions monétaires n'ont pas effacé les craintes de tensions au Moyen-Orient, même si un conflit militaire avec l'Iran semble écarté par la majorité des observateurs. Les cours du pétrole avaient corrigé hier mercredi pour la 2ème séance, après leur envolée de lundi.

Mardi, les autorités saoudiennes ont assuré que la production du royaume serait de retour à la normale avant la fin du mois, écartant la crainte d'un choc pétrolier. Les cours du pétrole n'ont par ailleurs pas trouvé de soutien dans la publication des stocks hebdomadaires de brut aux Etats-Unis. Après plusieurs semaines de baisse, ces stocks sont repartis en hausse 1,1 million de barils, à 417,1 millions de barils, alors que le consensus tablait sur un nouveau repli de 2,3 mb.

Mercredi, le président américain Donald Trump a annoncé qu'il allait "considérablement augmenter les sanctions contre l'Iran", que les Etats-Unis considèrent comme responsable des attaques du week-end contre les installations pétrolières saoudiennes. Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo est arrivé en Arabie saoudite mercredi pour étudier la situation.

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