Wall Street se redresse, craintes surmontées ?

Wall Street se redresse, craintes surmontées ?
Réaction de traders après la clôture du NYSE.

Boursier.com, publié le vendredi 13 novembre 2020 à 11h19

Wall Street remonte avant bourse ce vendredi, alors que les opérateurs semblent enfin surmonter leurs craintes relatives à la seconde vague épidémique. Le DJIA et le S&P500 sont attendus en progression de 1%, alors que le Nasdaq avance de 0,9%. Les bons chiffres (ou moins mauvais que prévu) publiés hier soir par Cisco et Disney contribuent également à cette meilleure ambiance. Dans l'actualité politique cette fois, le président-élu Joe Biden a consolidé sa victoire en remportant l'Arizona, ce qui complique les efforts de Trump pour contester le résultat de l'élection. Sur le Nymex, le baril de brut WTI recule de 0,9% à 40,7$. L'once d'or avance de 0,3% à 1.878$. L'indice dollar fléchit de 0,2% face à un panier de devises de référence.

Sur le front économique ce jour, l'indice des prix à la production du mois d'octobre sera communiqué à 14h30 (consensus +0,2% en comparaison du mois antérieur, +0,2% également hors alimentation et énergie). L'indice du sentiment des consommateurs américains mesuré par l'Université du Michigan pour le mois de novembre (préliminaire) sera révélé à 16 heures (consensus 82). James Bullard et John Williams de la Fed interviendront durant la journée.

La matinée ce vendredi était marquée par des statistiques européennes. Le PIB européen flash du troisième trimestre a déçu, en croissance au rythme de 12,6% contre un consensus de 12,7%. Les chiffres de l'emploi et du déficit commercial européen ont en revanche positivement surpris.

Le dernier bilan mondial de la crise sanitaire du nouveau coronavirus fait ressortir près de 53 millions de cas confirmés depuis le début de l'épidémie, dont 10,6 millions environ aux USA, 8,7 millions en Inde et 5,8 millions au Brésil. La France compte 1,91 million de cas depuis l'émergence du virus. La pandémie a fait 1,294 million de morts depuis son commencement, dont 242.430 aux Etats-Unis.

La Bourse de New York avait consolidé hier jeudi, les investisseurs retrouvant la prudence face à la forte progression du nombre de cas de coronavirus aux Etats-Unis, où les infections et les hospitalisations dépassent désormais les seuils de la première vague du printemps dernier. Malgré l'enthousiasme suscité par l'annonce d'un vaccin efficace à 90% par Pfizer et BioNTech, lundi, le retour à une vie normale pourrait prendre un certain temps, mettent en garde de nombreux observateurs. Jeudi, les prises de bénéfices se sont poursuivies sur les valeurs cycliques, tandis que les valeurs dites "stay at home" ("restez à la maison"), qui ont profité des mesures anti-Covid-19, ont mieux résisté.

A la clôture, l'indice Dow Jones a reculé de 1,08% à 29.080 points, après un rebond de plus de 10% en quelques jours, qui l'avait porté mardi près de son dernier record historique de février (29.551 pts). L'indice large S&P 500 a cédé 1% à 3.537 pts et le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques et biotechs, a lâché 0,65% à 11.709 pts.

Le pétrole a fini en ordre dispersé, après l'annonce d'une forte hausse des stocks de brut aux Etats-Unis, tandis que l'or est reparti en hausse de 0,6%. L'indice du dollar a cédé 0,08% à 92,97 points, face à un panier de devises de référence. Sur les marchés obligataires américains, le rendement du T-Bond à 10 ans a rechuté de 8 points de base à 0,90% face au retour des craintes sur la reprise économique.

Certains investisseurs estiment que les marchés ont un peu surréagi ces derniers jours aux anticipations de vaccin anti-Covid et de reprise économique. L'élection présidentielle aux Etats-Unis et les annonces de Pfizer et BioNTech sur l'efficacité élevée de leur candidat vaccin ont ainsi quelque peu occulté la très forte progression du nombre de cas de Covid-19 outre-Atlantique.

Selon les données du 'New York Times', le nombre de nouveaux cas de Covid-19 s'est établi à 142.755 mercredi, et au moins 1.431 malades sont décédés. Depuis une semaine, le nombre de nouveaux cas quotidiens a atteint en moyenne 128.081, en hausse de 69% sur deux semaines.

La pandémie a désormais affecté plus de 10 millions de personnes aux Etats-Unis. Le nombre d'hospitalisations a désormais surpassé le pic du printemps dernier, et les hôpitaux américains sont sous tension dans au moins 17 des 50 Etats. Face à la dégradation de la situation, le gouverneur de l'Etat de New York, Andrew Cuomo, a annoncé mercredi l'instauration dès vendredi d'un couvre-feu à partir de 22h pour les bars, restaurants et salles de sport de l'Etat, et a limité les réunions dans des lieux privés à 10 personnes au maximum. Chicago encourage les résidents à rester chez eux pour un mois, alors que les écoles publiques de Detroit resteront fermées jusqu'au 11 janvier.

En Europe, le Premier ministre français Jean Castex a annoncé jeudi soir la prolongation pour au moins deux semaines des mesures de reconfinement en place depuis deux semaines en France. En Allemagne, le ministre de la Santé, Jens Spahn, a indiqué que les mesures de restriction ne seront probablement pas levées avant la fin de l'hiver.

Face aux craintes sur la croissance liées à la dégradation de la situation sanitaire, les attentes des marchés financiers se tournent une nouvelle fois vers la Réserve fédérale américaine, et vers les autorités politiques, alors que l'absence de "vague bleue" démocrate au Congrès américain a réduit les chances de parvenir à un nouveau plan de relance de grande ampleur.

Malgré la victoire du démocrate Joe Biden à la présidentielle du 3 novembre, et le maintien de la majorité démocrate à la chambre des représentants, les Républicains devraient conserver de justesse le contrôle du Sénat, limitant la capacité d'action de la future administration Biden.

Du côté des banque centrales, les dirigeants de la Fed et de la BCE se sont tous deux montrés prudents jeudi. Dans le cadre du forum de la BCE sur le thème des "banques centrales dans un monde mouvant", Jerome Powell et Christine Lagarde ont salué l'arrivée prochaine d'un vaccin efficace contre le coronavirus, tout restant prudents sur les perspectives économiques qui restent incertaines, même si un vaccin est administré progressivement aux populations mondiales courant 2021.

"Plongés dans une rivière d'incertitudes, nous voyons désormais l'autre rive" a ainsi jugé la patronne de la BCE, en commentant les annonces faites lundi par Pfizer et BioNTech sur l'efficacité à 90% de leur candidat vaccin. "Mais je ne veux pas me montrer exubérante sur la vaccination, en raison de l'incertitude qui demeure" au sujet de la production et de la distribution du futur vaccin, a ajouté Mme Lagarde.

Jerome Powell, le président de la Fed américaine, lui a fait écho, en affirmant que les annonces de vaccin sont "des nouvelles bonnes et bienvenues", mais qu'il est encore "trop tôt pour en déterminer avec certitude les implication à court terme". Les deux banquiers centraux ont déjà laissé entendre qu'ils étaient prêts à accroître le soutien monétaires aux économies américaines et européenne face à la rechute de l'activité, qui se profile notamment en Europe, où les mesures de reconfinement font craindre une nouvelle récession au 4e trimestre.

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