Wall Street veut croire à la sortie de crise

Wall Street veut croire à la sortie de crise
Réaction de traders après la clôture du NYSE.

Boursier.com, publié le jeudi 09 avril 2020 à 10h22

Wall Street progresse encore avant bourse ce jeudi, selon les premières indications de pré-séance, le S&P500 s'accordant plus de 1% et le Nasdaq environ 0,8%. Les cours du brut flambent, le baril de brut WTI s'accordant 5,4% à 26,4$. L'once d'or franchit les 1.700$.

Les opérateurs veulent croire à une sortie très rapide de la crise, en attendant les décisions des ministres européens des finances sur le financement de la réponse à apporter. Le gouvernement britannique a lui déjà indiqué que la Banque d'Angleterre allait intervenir. Les bourses européennes sont aussi portées ce matin par l'espoir d'une stabilisation de l'épidémie et une forte hausse des cours du pétrole dans l'attente confiante de la réunion de l'OPEP+.

Pourtant, la crise sanitaire semble loin d'être enrayée aux USA, où l'État de New York a affiché un nouveau et triste record quotidien de 779 décès. Au niveau national aux Etats-Unis, l'épidémie a contaminé environ 430.000 personnes et fait 14.700 morts selon Reuters, qui évoque toutefois par ailleurs des projections de l'Université de Washington selon lesquelles l'épidémie aux Etats-Unis
pourrait être moins meurtrière qu'attendu. En Europe cette fois, le nombre des nouveaux cas est reparti à la hausse en Italie. Le nombre quotidien de morts a cependant baissé dans la péninsule et en France.

La reprise des discussions de l'Eurogroupe sur un ensemble de mesures pour plus de 500 milliards d'euros est attendue ce soir. Christine Lagarde, dirigeante de la BCE, a estimé que les fameux coronabonds n'étaient pas l'unique outil capable de limiter le choc économique dû à l'épidémie.

Les marchés suivront aussi à 16 heures une intervention de Jerome Powell, président de la Fed, qui pourrait donner des indications supplémentaires sur la réponse à la crise, alors que le taux des fonds fédéraux aux USA a déjà été ramené entre zéro et 0,25%. Les Minutes de la Fed dévoilées hier soir, portant sur les réunions exceptionnelles de mars, ont indiqué que les membres votants étaient alors inquiets de l'ampleur et de la rapidité de la crise et de son impact sur les marchés
financiers.

Sur le front macroéconomie ce jeudi, la séance sera marquée par les inscriptions hebdomadaires au chômage pour la semaine close au 4 avril (14h30, consensus... 5 millions !). L'indice des prix à la production du mois de mars 2020 sera révélé à la même heure (consensus -0,3% en comparaison du mois antérieur, stable hors alimentation et énergie). L'indice préliminaire du sentiment des consommateurs américains de l'Université du Michigan pour le mois d'avril sera annoncé à 16 heures (consensus 75). Les stocks et ventes de grossistes du mois de février seront publiés à la même heure (consensus -0,5% sur les stocks).

Les marchés pétroliers rebondissent depuis hier, après deux séances de forte baisse. Le cours du baril de brut léger américain WTI a repris 6,2% hier et gagne encore plus de 5% ce jour sur le Nymex. Cette progression s'est faite malgré l'explosion des stocks pétroliers aux Etats-Unis. Pour la semaine close au 3 avril, ils se sont envolés de 15,2 millions de barils à 484,4 mb, contre un consensus de +9,3 millions de barils.

Les marchés attendent avec nervosité la réunion de pays producteurs prévue ce jeudi, et qui devrait décider d'une baisse de la production afin de mettre fin à l'effondrement des cours. Le marché pétrolier mondial, a été laminé par la guerre des prix déclenchée en mars par l'Arabie saoudite et la Russie, et par la crise du Covid-19, qui a entraîné un plongeon de la demande de brut.

La Bourse de New York a fini en hausse mercredi, les investisseurs reprenant espoir que la crise du Covid-19 sera vaincue, malgré la hausse rapide du nombre de décès aux Etats-Unis. Les investisseurs saluent la perspective d'un nouveau plan américain de soutien de l'économie, ainsi que le retrait du "socialiste" Bernie Sanders de la course à la Maison Blanche. Ils tentent donc de se projeter dans l'après-crise, tandis que Donald Trump affirme qu'il veut "rouvrir l'économie". Le pétrole a rebondi alors que les pays producteurs se réuniront jeudi pour décider d'une réduction de leur production.

A la clôture, l'indice Dow Jones a grimpé de 3,44% à 23.433 points, tandis que l'indice large S&P 500 a progressé de 3,41% à 2.749 pts et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a gagné 2,58% à 8.090 pts. Les indices américains ont désormais repris plus de 20% par rapport à leurs plus bas niveaux du 23 mars dernier.

Sur le front sanitaire, le nombre de décès augmente fortement aux Etats-Unis, où plus de 2.000 personnes sont décédées mardi, le chiffre le plus élevé depuis le début de l'épidémie.

Dans le monde, le Covid-19 a désormais atteint 1,49 million de personnes et le nombre de morts a dépassé les 87.000.

Malgré cette crise intense aux USA, l'administration Trump envisage de "rouvrir l'économie" dans de petites villes, moins touchées par l'épidémie, avant de permettre à de plus grandes - frappées par le virus - de progressivement reprendre leur activité régulière. "Une fois que nous aurons ROUVERT NOTRE GRAND PAYS, et ce sera le plus tôt possible, l'horreur de l'Ennemi Invisible, sauf pour ceux qui ont malheureusement perdu un membre de la famille ou un ami, doit être rapidement oubliée. Notre économie va EXPLOSER, peut-être comme jamais auparavant !!!", s'est même permis de tweeter Trump.

Les experts financiers commencent eux aussi à se projeter au-delà de la crise du coronavirus. Comme ses concurrentes JP Morgan et Morgan Stanley, la banque d'affaires américaine Goldman Sachs a estimé mercredi que le pire est sans doute passé pour les marchés d'actions, et conseille à ses clients de profiter des niveaux actuels pour racheter des actifs risqués.

Dans un entretien publié mercredi par l'agence 'Bloomberg', Silvia Ardagna, directrice au sein de la branche gestion de fortune de Goldman Sachs, a repris l'expression de Donald Trump, qui a dit voir "la lumière au bout du tunnel" lundi dans un tweet, dans la lutte contre le coronavirus.

"Nous voyons la lumière au bout du tunnel parce que nous pensons que la communauté médicale trouvera tôt ou tard une solution, et parce que la réponse budgétaire dans le monde, et surtout aux Etats-Unis, a été très agressive et massive", a déclaré Mme Ardagna.

"Aujourd'hui est un bon moment pour revenir sur les marchés et profiter de la baisse des marchés d'actions pour se positionner en vue du rebond", a-t-elle ajouté. Ses commentaires font écho à d'autres responsables de la stratégie d'investissement de GS, qui ont conseillé depuis la mi-mars de revenir graduellement vers les actifs risqués.

Malgré l'ampleur de la crise du coronavirus, les investisseurs ont réagi mercredi à une information de politique intérieure. Ils ont ainsi été soulagés par le retrait du candidat démocrate Bernie Sanders de la course à l'investiture pour l'élection présidentielle. C'est donc Joe Biden, candidat plus centriste que le "socialiste" Sanders, qui demeure le seul démocrate en lice pour affronter Donald Trump lors de l'élection présidentielle de novembre prochain.

Par ailleurs, la chambre des représentants américaine poursuit son travail en vue d'adopter un nouveau plan de soutien à l'économie, afin de compléter celui de 2.200 milliards de dollars déjà adopté fin mars. La présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a évoqué la perspective d'un plan additionnel d'au moins 1.000 Mds$.

La livre sterling a repris hier 0,4% à 1,2382$ après des nouvelles encourageantes sur l'état de santé du Premier ministre britannique Boris Johnson, atteint de coronavirus et hospitalisé depuis lundi soir en soins intensifs.

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