Wirecard : 1,9 MdE envolés, un "désastre" pour la Bafin

Wirecard : 1,9 MdE envolés, un "désastre" pour la Bafin©Boursier.com

Boursier.com, publié le lundi 22 juin 2020 à 23h30

Les près de deux milliards d'euros qui font vibrer la communauté financière depuis la semaine dernière n'ont probablement jamais existé. Dans un communiqué dévoilé ce lundi, Wirecard affirme "que sur la base d'un examen plus approfondi, il est probable que les soldes des comptes bancaires fiduciaires, d'un montant de 1,9 milliard d'euros, n'existent pas. L'action Wirecard a plongé de 44% lundi à la Bourse de Francfort après cet aveu...

Le spécialiste allemand des paiements électroniques explique avoir "précédemment supposé que ces comptes fiduciaires avaient été établis au profit de la société dans le cadre de l'activité dite d'acquisition par des tiers et les a déclarés comme un actif dans ses comptes financiers". Elle continue d'examiner si, de quelle manière et dans quelle mesure ces activités ont effectivement été menées à son profit.

La firme a également retiré ses résultats préliminaires 2019 et ceux du premier trimestre 2020, ainsi que ses prévisions financières de moyen terme. À la suite de cette annonce, le groupe indique avoir des "discussions constructives" avec ses prêteurs au sujet de ses lignes de crédit et de ses emprunts dus à la fin du mois de juin. En outre, la firme examine un large éventail de mesures supplémentaires possibles pour assurer la poursuite de ses activités commerciales, notamment des réductions de coûts ainsi que la restructuration, la cession ou la cessation d'unités commerciales et de segments de produits.

Aucune trace de l'argent manquant dans le système financier philippin

Wirecard s'était déjà effondré de 72% la semaine dernière à Francfort, plombé par le nouveau report de la publication de ses comptes annuels sur des soupçons de fraude comptable et la démission de son patron historique. Comble de l'histoire, le groupe pourrait en fait avoir été lui-même victime d'une énorme fraude.

Deux banques philippines censées avoir repris la gestion des comptes en fiducie de Wirecard en 2019 ont nié toute implication dans cette affaire, affirmant n'avoir jamais eu de relations avec la société allemande. La Banque centrale des Philippines, qui mène sa propre enquête, a également affirmé ce week-end qu'aucune des sommes manquantes n'étaient entrées dans le système financier philippin.

Un document prétendant montrer un lien entre Wirecard et BPI était "bidon" et pourrait faire partie d'une tentative de fraude, a déclaré vendredi le président de la banque asiatique, Cezar Consings. Nestor Tan, PDG de BDO Unibank, a de son côté souligné qu'il s'agissait d'une "fraude documentaire qui a ensuite été clarifiée par la banque comme étant fallacieuse".

Moody's sabre la note crédit

En attendant d'y voir plus clair, Moody's a dégradé de six crans la note crédit de Wirecard, à 'B3', soit en catégorie spéculative.

Une décision qui, selon l'agence, reflète les irrégularités comptables et leurs conséquences sur la liquidité et le profil financier de l'entreprise à la suite de l'incapacité de l'entreprise à publier des comptes consolidés audités déjà reportés pour 2019.

Un "désastre complet" pour la Bafin

Pour Felix Hufeld, le patron de l'Autorité fédérale de supervision financière (Bafin), cette affaire "est un désastre complet". "C'est dommage que quelque chose comme ça soit arrivé... Cela commence par l'échec total d'une direction générale, malgré de très nombreux indices permettant de découvrir les faits.

Cela continue avec les dizaines d'auditeurs qui n'ont pas pu déterrer la vérité et cela continue avec toute une série d'entités privées et publiques, y compris la mienne, qui n'ont pas été assez efficaces pour empêcher que quelque chose comme cela ne se produise", a affirmé le directeur de la Bafin.

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