Clôture Paris : le CAC 40 retombe avec Powell

Clôture Paris : le CAC 40 retombe avec Powell
Trader catastrophé sur le floor du NYSE.

Boursier.com, publié le mercredi 13 mai 2020 à 18h00

Le CAC 40 a lourdement corrigé sous les 4.400 points ce mercredi, terminant en baisse de 2,85% à 4.345 points, victime des craintes sur le déconfinement et du manque de soutien du président de la Fed, Jerome Powell, dont les marchés attendaient peut-être un peu trop. Il n'en fallait pas plus pour accélérer la correction de l'indice phare parisien, qui avait déjà abandonné 1,3% lundi et 0,4% hier... Les cours du brut fléchissent ce soir, le baril de brut WTI abandonnant près de 2% sur les 25$ et le Brent 1% sous les 30$. L'once d'or prend 1% à 1.723$.

Les inquiétudes liées à une potentielle seconde vague épidémique minaient déjà les opérateurs, qui n'ont donc trouvé aucun réconfort aujourd'hui dans l'intervention de Powell. De plus, les derniers indicateurs économiques restent peu glorieux, c'est le moins que l'on puisse dire... Ainsi, la production industrielle, corrigée des variations saisonnières, s'est effondrée de 11,3% dans la zone euro en mars près avoir diminué de 0,1% le mois précédent, selon Eurostat. Le consensus était positionné à -12,5%. En glissement annuel, la production industrielle chute de 12,9% contre une baisse de 13,6% attendue par le marché.

La cote américaine fléchit à mi-parcours ce mercredi. Le S&P500 chute de 1,2% et le Dow Jones de 1,6%, alors que le Nasdaq régresse de 0,8%. Jerome Powell a dit en effet craindre une période prolongée de faible croissance, et n'envisage pas par ailleurs de taux négatifs, au grand désespoir de Donald Trump. Les inquiétudes persistent également concernant la pandémie, les investisseurs craignant une nouvelle vague épidémique avec la fin des confinements. En outre, la situation, qui semblait apaisée avec la Chine, se complique à nouveau.

Selon l'Université Johns Hopkins, le nouveau coronavirus a contaminé 4,29 millions de personnes dans le monde depuis le début de l'épidémie et fait plus de 293.000 morts. Aux Etats-Unis, le virus a frappé 1,37 million de personnes et fait plus de 82.000 morts. Les commentaires du Dr Anthony Fauci, l'un des experts médicaux majeurs de la Maison blanche, ont jeté un froid, ce dernier avertissant quant aux risques d'une réouverture prématurée de l'économie américaine, la pandémie n'étant toujours pas maîtrisée dans certaines régions.

Depuis le début de l'épidémie, 242 milliers de cas ont été dénombrés en Russie, 228 milliers en Espagne ou encore 231 milliers au Royaume-Uni (qui recense plus de 33.000 décès)... En Chine, sept nouveaux cas ont été confirmés aujourd'hui et la ville de Jilin, où ont été décelés six nouveaux cas, va imposer de nouvelles restrictions.

L'indice américain des prix à la production pour le mois d'avril 2020 est ressorti en forte baisse de 1,3% en comparaison du mois antérieur - contre -0,5% de consensus - et de 1,2% en glissement annuel. Hors alimentation et énergie, les prix à la production ont baissé de 0,3% par rapport au mois de mars, contre -0,1% de consensus de marché.

D'après le Département à l'Energie, les stocks pétroliers domestiques de pétrole pour la semaine close au 8 mai ont diminué de 0,7 million de barils à 531,5 mb, contre un consensus de +4,9 millions de barils. Les réserves d'essence ont également reculé de 3,5 millions de barils (contre une baisse de 2,2 mb anticipée par le consensus), alors que les stocks de produits distillés ont augmenté de 3,5 mb par rapport à la précédente semaine, contre une hausse de 2,9 mb attendue par le marché...

Notons par ailleurs que l'OPEP a réduit encore sa prévision de demande mondiale de pétrole pour cette année, du fait de la crise sanitaire et de ses conséquences économiques, et même si l'organisation juge que l'accord de réduction de production conclu avec d'autres producteurs commence à porter ses fruits. L'OPEP prévoit maintenant pour l'année une baisse de la demande mondiale de 9,07 millions de barils par jour, environ 9,1%.

L'intervention du président de la Fed Jerome Powell ce jour était particulièrement surveillée. Le leader de la banque centrale américaine constate l'ampleur et la rapidité 'sans précédent' de la crise, et estime que la reprise économique pourrait prendre du temps. Powell juge ainsi que des mesures additionnelles de politique monétaire pourraient bien être nécessaires pour faire face à cette crise inédite. La Fed utilisera selon lui ses instruments "dans leur totalité", jusqu'à ce que la crise soit maîtrisée et que la reprise soit bien engagée.

Powell admet que l'économie américaine fait face à des risques sans précédent, qui pourraient causer des dommages durables si les banquiers centraux ne faisaient pas front. Alors que le président américain Donald Trump réclame désormais des taux négatifs pour accompagner la reprise, Powell semble lui décider à poursuivre une politique très accommodante, sans fournir toutefois trop de détails. Les perspectives restent incertaines selon Powell, les risques 'baissiers' demeurant significatifs. Le président de la Fed ajoute qu'une plus ample aide fiscale pourrait se révéler nécessaire, afin de limiter les dommages à long terme.

"La reprise pourrait prendre un certain temps pour s'accélérer et le passage du temps pourrait transformer les problèmes de liquidité en problèmes de solvabilité", a déclaré Powell mercredi dans ses remarques préparées pour un événement virtuel organisé par le Peterson Institute for International Economics à Washington.

Powell a pointé du doigt le risque de faillites massives, ainsi que celui du chômage élevé. Ainsi, les banquiers centraux pourraient devoir faire plus encore pour éviter un impact durable et profond. "De longues périodes de chômage peuvent nuire à la carrière des travailleurs ou y mettre fin, car leurs compétences perdent de leur valeur et les réseaux professionnels se tarissent, laissant les familles plus endettées", a déclaré Powell. "La perte de milliers de petites et moyennes entreprises à travers le pays détruirait le travail de la vie et l'héritage familial de nombreux chefs d'entreprise et leaders communautaires et limiterait la force de la reprise quand elle arrivera", s'est inquiété Powell.

"Bien que la réponse économique ait été à la fois opportune et suffisamment importante, ce n'est peut-être pas le dernier chapitre, étant donné que la voie à suivre est à la fois très incertaine et soumise à d'importants risques", a ajouté le timonier de la Fed. Powell a ajouté que la banque centrale continuerait à utiliser pleinement ses outils jusqu'à ce que la crise soit passée et que la reprise économique soit en bonne voie, mais a averti qu'elle ne pouvait que consentir des prêts et non pas dépenser de l'argent. "Lorsque cette crise sera derrière nous, nous mettrons ces outils d'urgence de côté", a insisté Powell.

Pour Powell, le taux de chômage aux USA pourrait atteindre son pic d'ici un mois environ et baisser ensuite rapidement. L'économie américaine peut revenir à une situation de chômage très bas et d'inflation faible, mais cela prendra du temps. Une reprise lente pourrait conduite la Banque à prendre de nouvelles mesures de soutien. Quoi qu'il en soit, ce n'est pas selon lui le moment de donner la priorité aux inquiétudes sur la dette publique...

La Fed est selon lui disposée à innover et à s'adapter à l'évolution de la situation, mais ajoute, en réponse à Trump, que les éléments disponibles sur les taux négatifs "sont très mitigés". Cette réaction n'est pas vraiment une surprise, mais pèse quelque peu sur les indices boursiers. La Fed dispose selon Powell des outils adéquats pour répondre à la crise. Ce sont donc ceux-là qu'elle entend utiliser. Autrement dit, la Banque entend utiliser en priorité les outils déjà testés. Le président de la Fed explique bien que l'opinion de la Banque sur les taux négatifs n'a pas changé. Ce n'est pas, selon Powell, un sujet auquel elle réfléchit.

VALEURS EN HAUSSE

* Virbac (+11%) a signé un bel accord avec MSD Santé Animale, une division de l'Américain Merck & Co., Inc., en vue de la cession de produits vétérinaires, actuellement commercialisés par Virbac aux États-Unis sous la marque Sentinel, pour un prix total de 400 millions de dollars en numéraire.

* Scor s'adjuge 2,2%, à nouveau porté par des espoirs de rachat de Covéa. Le groupe d'assurance mutualiste a en effet averti Exor, la holding de la famille italienne Agnelli, qu'il ne voulait plus acheter le réassureur PartnerRe selon les modalités prévues par l'accord conclu en mars autour de cette opération de 9 milliards de dollars. De quoi relancer la spéculation sur un intérêt de Covéa pour la Scor, dont il est le premier actionnaire avec 8,4% du capital. Covéa, qui regroupe les assureurs GMF, MAAF et MMA, a tenté pendant de longs mois en 2018 de prendre le contrôle du réassureur avant de finalement jeter l'éponge en janvier 2019.

Sur le SBF 120, Rémy Cointreau s'est accordé plus de 3%, tout comme bioMérieux. Tarkett s'est adjugé 1,2% et Alstom 1,7%.

VALEURS EN BAISSE

* Renault résiste (-0,5%) : Nissan se prépare à trancher dans le vif. Le partenaire de Renault chercherait à réduire ses coûts fixes de 300 milliards de yens par an, soit environ 2,6 milliards d'euros, dans le cadre d'un plan de restructuration triennal qui devrait être dévoilé le 28 mai. Citant des sources anonymes, 'Bloomberg' précise que les baisses de coûts concerneraient des domaines tels que le marketing et la recherche alors que la marque Datsun, destinée aux économies en développement, devrait être démantelée progressivement. Une ligne de production supplémentaire devrait également être fermée alors que le constructeur nippon souhaiterait se concentrer sur ses principaux marchés que sont les États-Unis, le Japon et la Chine.

* L'Oréal (-3,1%) a décidé de renoncer à la hausse prévue de 10,4 % du dividende, et de proposer en conséquence à l'Assemblée Générale un dividende de 3,85 euros, identique à celui versé en 2019. Le Conseil a également décidé de renoncer sur l'ensemble de l'année 2020 à des opérations de rachat d'actions qui s'étaient élevées à 750 millions d'euros en 2019.

* Société Générale (-4,8%) a finalisé l'acquisition des activités Equity Markets and Commodities (EMC) de Commerzbank, avec l'intégration des solutions d'investissement de flux. Cela regroupe les activités de teneur de marché sur ETF, consistant à assurer la liquidité de marché pour les émetteurs d'ETFs et à exécuter les ordres des investisseurs institutionnels, ainsi que les produits de bourse à destination des investisseurs particuliers avertis, comme les warrants et les certificats.

* Eiffage (-2%) a réalisé, au 1er trimestre 2020, un chiffre d'affaires consolidé de 3,7 milliards d'euros, en baisse de 4,3% par rapport au 1er trimestre 2019 (-5,3% pcc). La croissance enregistrée au cours des deux premiers mois de l'année a laissé place à "une chute brutale d'activité dès la mi-mars", à la suite des mesures mises en place pour limiter la propagation du virus Covid-19.

* JCDecaux (-3,5%). Le chiffre d'affaires ajusté du groupe pour le premier trimestre 2020 est en baisse de -13,9 % à 723,6 millions d'euros, comparé à 840 millions d'euros au premier trimestre 2019. "Nous prévoyons désormais que l'impact négatif du Covid-19 sur nos activités augmentera considérablement à court terme, mais il n'est pas possible de quantifier l'amplitude ou la durée de son impact. Par conséquent, nous ne sommes pas en mesure de fournir des indications pour le 2ème trimestre ainsi que pour les 3ème et 4ème trimestres", a averti Jean-François Decaux, Président du Directoire et Co-Directeur Général de la société.

Eurazeo trébuche ce soir de 9,7%, Valeo de près de 8%, Elior de 7,9% et Publicis de 7,7%. DBV et Faurecia redonnent également plus de 7% en clôture. Klépierre, Icade, Plastic Omnium et Peugeot accusent des baisses de 6% et plus...

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