La crise sanitaire n'a fait qu'accentuer les inégalités

La crise sanitaire n'a fait qu'accentuer les inégalités ©Boursier.com

Boursier.com, publié le vendredi 28 mai 2021 à 09h07

Les inégalités de patrimoine continuent notamment à reposer sur les prix de l'immobilier et la capacité d'épargne des ménages...

Les inégalités de patrimoine continuent notamment à reposer sur les prix de l'immobilier et la capacité d'épargne des ménages...

Le dernier rapport de l’Insee sur les revenus et le patrimoine des ménages français constate que le pouvoir d’achat a globalement stagné en 2020 lors de la crise sanitaire, après six années de progression continue.

La forte hausse des prestations sociales et la baisse des prélèvements ont en effet compensé, en moyenne bien sûr, la forte baisse de la masse salariale et des revenus de la propriété liée à la crise sanitaire. Comme toujours, l’Institut national de la statistique raisonne par unité de consommation, c’est-à-dire en tenant compte de la composition des ménages sachant qu’on fait certaines économies en vivant ensemble.

Les plus modestes en première ligne

« On sait déjà que la crise aura un impact fort sur les personnes aux revenus les plus modestes », précise toutefois Valérie Albouy, cheffe du département des ressources et des conditions de vie des ménages. La part des ménages qui ont vu leurs revenus baisser de plus de 50 € par mois est par exemple de 22% selon des enquêtes réalisées auprès des Français.

Dans le détail, ils sont même près de 30% à indiquer subir une baisse de revenus d’au moins 50 € par mois au premier trimestre 2021 par rapport à mars 2020 parmi les 20% de Français les plus modestes quand seulement 17% déclarent être concernés parmi les 20% les plus aisés. Valérie Albouy cite aussi deux catégories particulièrement impactées par des baisses de revenus depuis l’an dernier : les jeunes et les travailleurs indépendants.

Près de 10 millions de personnes sous le seuil de pauvreté

Autre indicateur très parlant : le nombre d’allocataires du revenu de solidarité active (RSA), stable depuis 2017 autour de 1,9 million, a fortement augmenté depuis la crise sanitaire, correspondant à une hausse de 8,7% en septembre 2020 par rapport à septembre 2019. Cela représente environ 165.000 bénéficiaires supplémentaires de ce minimum social.

Voilà qui ne devrait pas arranger les statistiques de la pauvreté, estimée pour la première fois par l’Insee à environ 10 millions de personnes en 2018. Cela concernerait 14,8% de la population de France métropolitaine vivant sous le seuil de pauvreté de 1.063 € par mois. Au sein de cette population, près de deux millions seraient même en situation de grande pauvreté, définie à la fois par un niveau de vie inférieur à 50% du niveau de vie médian (930 € par mois) et par une privation matérielle et sociale sévère. L’Insee note cependant que les inégalités et la pauvreté sont plus faibles en France que chez ses principaux partenaires internationaux.

Les inégalités de niveau de vie n’ont que légèrement augmenté

Globalement, l’Insee a mesuré que les inégalités de niveau de vie n’ont que légèrement augmenté entre 2008 et 2018 dans le sens où la redistribution opérée par le système socio-fiscal a limité la forte hausse des inégalités avant redistribution. Cette hausse des inégalités est notamment la conséquence de la dégradation du marché du travail, qui a augmenté la part des chômeurs en bas de la distribution des niveaux de vie. Le rapport de niveau de vie entre les 20% de ménages les plus modestes et les 20% les + aisés est ainsi passé de 7,24 à 8,74 avant distribution mais de 4,33 à 4,45 après distribution.

92% du patrimoine brut est détenu par 50% des ménages

Au niveau du patrimoine, la moitié des ménages vivant en France déclaraient début 2018 un patrimoine brut (sans déduire les emprunts) supérieur à 163.100 €. Ce patrimoine est principalement constitué de biens immobiliers (61%) ou d’actifs financiers (20%). Mais 92% du patrimoine brut est détenu par 50% des ménages, l’autre moitié n’en détenant que 8%...

Ces inégalités de patrimoine ont augmenté entre 1998 et 2018, principalement par la forte valorisation de l’immobilier. Vu la poursuite de la hausse des prix de logements, ces inégalités ne devraient pas se réduire avec la crise sanitaire, d’autant que le taux d’épargne des ménages et leur patrimoine financier ont fortement augmenté depuis 2020, au bénéfice bien sûr des plus aisés.

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