« Être très réactif sur les marchés est souvent une fausse bonne idée pour l'investisseur individuel ! »

« Être très réactif sur les marchés est souvent une fausse bonne idée pour l'investisseur individuel ! »©Boursier.com

Boursier.com, publié le mercredi 17 février 2021 à 14h54

Guillaume Eyssette, Directeur Associé de Gefinéo

Guillaume Eyssette, Directeur Associé de Gefinéo

Lorsqu'on sélectionne un gérant de fonds, mieux vaut raisonner comme un DRH que comme un économiste. Si la tentation du « market timing » est toujours présente, mieux vaut s'en détacher en matière de sélection de fonds.

On peut en effet être tenté d'acheter tel fonds car il est investi en valeurs américaines et que l'on pense que les actions US vont monter. Mais que ferez-vous si le fonds baisse ? Ou si votre fil d'actualités préféré vous annonce des incertitudes sur la croissance américaine ? Ou si le S&P500 est en chute libre ce matin ? C'est sous l'emprise de leurs émotions que les investisseurs font les plus grandes erreurs. En général, on vend une fois que tout le monde s'inquiète, et donc que la baisse a déjà eu lieu, puis on rachète quand le marché est rassuré, alors même que les cours viennent de remonter. Ce type d'aller-retour est destructeur de performance dans la grande majorité des cas.

La réactivité ne paye pas toujours

Bien sûr, les chasseurs de tendance m'opposeront qu'il faut être très réactif sur les marchés. C'est une idée largement répandue, mais qui, à l'analyse, est à classer dans la pile des idées reçues. Et même des fausses bonnes idées pour l'investisseur individuel. Qu'entend-on par réactif ? C'est réagir très vite aux nouvelles, un cyclone en Floride ? Je vends vite mes assureurs. Une hausse des taux annoncée ? J'achète des bancaires. Des tensions au Moyen-Orient ? Vite achetons du pétrole. Une forte baisse à Wall Street la nuit dernière ? Je vends mes actions françaises ce matin car les marchés sont baissiers. Un nouveau vaccin annoncé ... Tout cela fait peut faire sens au moins à court terme, mais pour le particulier qui lit la nouvelle il est déjà trop tard. Il est en concurrence avec des milliers de Hedge Funds et de grandes banques dont les traders et les robots sont équipés pour réagir en quelques millisecondes à toute nouvelle, ou variation de cours d'importance. Si vous avez pris le temps de lire la nouvelle ce matin, c'est qu'il est trop tard : les cours ont déjà décalé en conséquence.

Track record

Alors comment sélectionner un bon gérant actions sur le long terme ? Il est important de regarder sa performance des 10 dernières années. Un track record long et performant est un premier indice. Ce gérant fait probablement quelque chose d'utile et de différent pour s'en sortir mieux que les autres durant une décennie. On s'assurera que l'équipe est stable, que le fonds n'a pas changé de process de gestion en cours de route, et que la société de gestion n'a pas tout simplement fermé ou fusionné les fonds qui ne marchaient pas, dans le but de se fabriquer un historique flatteur en ne conservant que les plus présentables.

Mais un bon track record n'est pas suffisant. D'où vient cette surperformance ? le fonds est-il spécialisé sur un secteur ou un pays qui aurait surperformé ? Ce gérant est-il éternellement surinvesti dans les grandes valeurs tech par exemple ? Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel, et rien ne dit que les secteurs qui ont fait monter la bourse ces 10 dernières années soient ceux de la décennie à venir. Notre hypothétique gérant surpondéré en « tech » saura-t-il quitter le secteur qui lui a si bien réussi ? Parviendra-t-il le moment venu à aller chercher de belles entreprises à bon compte dans d'autres industries ? C'est en regardant l'historique non pas seulement de performance, mais aussi de composition du portefeuille que l'on verra si les sources de performances sont équilibrées. Si le gérant est capable de faire évoluer son portefeuille au fil des années, ou au contraire s'il a peut-être eu de la chance en se trouvant au bon endroit au bon moment.

La taille des fonds

Deuxième élément à surveiller, la taille du fonds. Si les performances attirent généralement les capitaux, certains gérants peuvent avoir les yeux plus gros que le ventre. Ils se retrouvent à la tête d'un fonds trop important au regard de leur stratégie. Attention par exemple aux gérants de petites valeurs, qui après avoir beaucoup collecté sont contraints d'investir sur des grandes valeurs, ce qui déformera leur portefeuille et les entraînera en dehors de leur cercle de compétence. De nombreux gérants ont la sagesse de fermer leurs fonds aux souscriptions lorsqu'il atteint une certaine taille. Ceux-là sont clairement à privilégier. Il arrive heureusement qu'ils rouvrent leurs fonds, lorsqu'ils ont à nouveau la capacité à accueillir des capitaux sans faire de compromis sur la qualité de leur gestion. C'est aussi le signe qu'ils raisonnent véritablement à long terme, en privilégiant la performance du fonds par rapport à leur propre enrichissement personnel de court terme, car plus un gérant a de capitaux sous gestion mieux il gagne sa vie...

Le long terme révèle la vraie performance

Investir dans un fonds pour le long terme, c'est faire confiance à un gérant qui ajustera le portefeuille au quotidien si nécessaire, et le laisser faire son travail. Pour l'investisseur, plus la durée de détention d'un fonds est courte plus le résultat est aléatoire, influencé par la chance en réalité. Plus il gardera le fonds longtemps plus les résultats seront influencés par la méthode, l'éthique, et le talent du gérant.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.