L'épargne des Français pendant la crise reflète l'accroissement des inégalités

L'épargne des Français pendant la crise reflète l'accroissement des inégalités ©Boursier.com

Boursier.com, publié le lundi 25 janvier 2021 à 11h51

Les ménages français les plus modestes ont perdu près de 2 milliards d'euros d'épargne pendant la crise sanitaire tandis que les grandes fortunes nationales ont beaucoup profité de la hausse des marchés financiers.

Les ménages français les plus modestes ont perdu près de 2 milliards d'euros d'épargne pendant la crise sanitaire tandis que les grandes fortunes nationales ont beaucoup profité de la hausse des marchés financiers.

Publié ce matin, un rapport d'Oxfam alerte sur l'aggravation des inégalités sociales en France pendant la crise du coronavirus. D'après l'ONG, un million de personnes auraient basculé dans la pauvreté à cause de la pandémie, avec une forte hausse du nombre d'allocataires au RSA (+8,5% sur un an), et plus de 8 millions de bénéficiaires de l'aide alimentaire à l'automne 2020, contre environ 5,5 millions « en temps normal ».

Oxfam relève également que l'évolution de l'épargne des Français traduit l'accroissement de ces inégalités : d'après des données du Conseil d'Analyse économique, pendant le premier confinement, les 20% des Français les plus pauvres ont vu leur épargne diminuer de près de 2 milliards d'euros tandis que les 10% les plus riches voyaient leur fortune augmenter de plus de 25 milliards d'euros.

Performances boursières et afflux de liquidités

Pour ces derniers, la spectaculaire trajectoire de certains actifs boursiers a été le premier facteur de leur enrichissement. « La fortune des milliardaires est largement corrélée à la performance boursière des entreprises dans lesquelles ils possèdent des participations. Depuis le mois de mars, les plans fiscaux d'urgence et les politiques monétaires ont permis une forte remontée des marchés financiers permettant à la fortune des milliardaires de retrouver, dès 2020, des niveaux supérieurs à 2019 », notait UBS dans son dernier rapport annuel sur les grandes fortunes mondiales.

Celle de Bernard Arnault, PDG de LVMH, a ainsi augmenté de 44 milliards d'euros en 2020 (+41% à 152 Md€), à la faveur d'une hausse de plus de 23% du cours de l'action LVMH en year-to-date (25/01) sur un CAC 40 en décrochage de plus de 7,8% sur cette même période.

Selon Oxfam, les 43 milliardaires français ont engrangé près de 175 milliards d'euros entre mars et décembre 2020, dépassant ainsi leur niveau de richesse d'avant-crise, pour une fortune cumulée de 510 milliards de dollars.

Aux antipodes, l'épargne des Français les plus pauvres - au premier rang desquels les femmes, les jeunes et les migrants - s'est particulièrement amenuisée pendant la crise sanitaire : celle des Français touchant un salaire au-dessus duquel se situent 90% des salaires (premier décile) a plongé en territoire négatif de 1,6 Md€ et celle des Français du deuxième décile a baissé de 300 M€, là où le reste de la population a pu davantage épargner : entre 1,2 Md€ et 6,8M€ pour les Français des déciles 3 à 8, et quelque 25,4 Md€ pour ceux du 9e décile, d'après des calculs du Conseil d'Analyse économique communiqués en octobre dernier.

Une politique fiscale jugée inégalitaire

Parmi un ensemble de critiques formulées à l'encontre du gouvernement dans la gestion de la crise (mesures de chômage partiel inadaptées aux contrats courts, insuffisances de politiques publiques à destination des populations les plus précaires...), Oxfam considère que la politique fiscale implantée sous le mandat d'Emmanuel Macron est grandement responsable du creusement des inégalités françaises depuis 2018.

« La dernière étude de l'Insee datant de septembre 2020 démontre que l'effet positif de la suppression de l'impôt sur la fortune (ISF, devenu l'Ifi) et la création d'un impôt forfaitaire sur le capital (la flat tax) est très concentré dans le haut de la distribution. Les 10 % les plus riches obtiennent 79 % du gain total de niveau de vie induit par ces deux mesures fiscales tandis que le niveau de vie des 10% des Français.e.s les plus pauvres a baissé depuis le début du quinquennat, avec notamment la baisse des aides au logement », dénonce l'ONG.

A cela s'ajoute une tendance de long terme « qui consiste depuis 20 ans à recourir de manière croissante à des impôts dit "régressifs", comme la contribution sociale généralisée (CSG) ou la TVA, qui sont collectés à un taux unique quels que soient les revenus des contribuables.» Dans le même temps, « les impôts progressifs comme l'impôt sur les sociétés sont considérablement réduits », poursuit le rapport qui appelle à rétablir « une fiscalité plus juste sur les plus aisés » via la réintroduction d'un ISF pérenne, la suppression du PFU et une remise à plat de l'impôt sur le revenu, « notamment via l'ajout de nouvelles tranches d'imposition sur les plus hauts revenus ».

Oxfam prône aussi la suppression des « niches fiscales néfastes au climat et celles qui bénéficient disproportionnellement aux plus aisés, aux grandes entreprises » ainsi qu'une réforme de l'impôt sur les sociétés afin de lutter contre l'évasion fiscale.

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