« Pourquoi l'inflation pourrait revenir après crise »

 « Pourquoi l'inflation pourrait revenir après crise »©Boursier.com

Boursier.com, publié le lundi 04 mai 2020 à 00h00

Stéphane Faure, fondateur d'Astyrian Patrimoine.

L'inflation est un grand classique de l'après-guerre. Or, la situation actuelle présente beaucoup de similitudes avec les grandes guerres mondiales. Cette crise précipite des mouvements de fond inflationnistes. Autant d'éléments qui devraient pousser l'inflation post plans de relance.

En effet, par sa nature et sa profondeur, la crise actuelle ressemble beaucoup aux guerres mondiales passées. Les flux commerciaux et les économies se sont arrêtés de manière simultanée sur toute la planète. L'épisode pourrait durer de six mois à deux ans. Par ailleurs, pour financer « l'effort de guerre », les états se sont engagés dans un scénario d'endettement public massif similaire à celui utilisé en temps de guerre.

Un constat : l'inflation est un grand classique de l'après-guerre

Lors des guerres, les taux d'endettement ont doublé voire triplé en l'espace de quelques années pour atteindre des niveaux records (jusqu'à 200% en France et 300% au Royaume-Uni). Or, c'est une inflation galopante qui a permis de résorber rapidement ces niveaux de dettes publiques abyssaux, comme le montrent les chiffres de l'INSEE sur l'inflation française depuis 1915. Dès lors, l'inflation subie ou souhaitée pourrait être une solution pour résoudre le problème du financement des plans de relance et par la même occasion le passif des pays endettés.

Des facteurs inflationnistes à l'œuvre

Au-delà des plans de relance qui sont inflationnistes par nature, la crise actuelle porte en elle plusieurs facteurs inflationnistes additionnels : reconstitution des stocks, réalisation d'achats retardés ou encore utilisation de l'épargne forcée des particuliers qui viendra pour partie se déverser dans l'économie en plus des plans de relances.

Par ailleurs, les facteurs déflationnistes liés à la mondialisation à l'œuvre depuis 30 ans devraient se tarir voire s'inverser. La crise a révélé des failles que populations et politiques veulent corriger en relocalisant. On va ainsi produire plus près mais aussi plus cher. De même, la hausse des salaires dans les pays émergents et la remontée du protectionnisme à l'œuvre depuis 2 ans devraient également accentuer le processus de relocalisation et donc d'inflation.

Enfin, des classes moyennes se développent en masse au niveau mondial. Il y a de plus en plus de clients solvables qui veulent tous les mêmes biens. Par conséquent, le prix des actifs et des matières premières va monter, là encore source d'inflation.

Des forces déflationnistes qui peuvent être surmontées sur le moyen/long terme

On peut notamment citer la baisse des prix du pétrole ou encore la montée du chômage. Ces facteurs déflationnistes vont à l'évidence jouer un rôle important pendant la crise. Il ne devrait effectivement pas y avoir d'inflation pendant la crise en elle-même. C'est après la crise, après les plans de relance que l'inflation est susceptible de revenir et ce de manière importante. Certains rappellent qu'une remontée des taux est impossible tant que les états et les entreprises ne se trouvent pas dans une situation équilibrée.

A cela, deux réponses possibles ; la première est que les plans de relance peuvent en définitive constituer une opportunité avec la possibilité pour les Etats de financer non seulement leurs plans de relance mais également leur restructuration et celles de leurs entreprises en faisant table rase du passé. Contre intuitivement, la crise actuelle est donc potentiellement la clé d'un retour à l'équilibre.

La réponse des banques centrales

Un deuxième niveau de réponse tient aux modalités de réponse des banques centrales. Une fois passé le temps du financement de la relance et une fois la machine relancée et à l'équilibre, le Quantitative Easing pourra s'inverser. L'objectif principal serait alors de faire remonter les taux longs et ainsi l'inflation. In fine, ce serait l'inflation qui réduirait à la fois l'endettement et le bilan des banques centrales (en % du PIB). La remontée des taux directeurs dans une logique de normalisation pourrait n'intervenir que dans un dernier temps, une fois les taux longs et l'inflation déjà hauts, ce qui permettrait d'assurer l'accès à des taux bas aux Etats pendant quelques temps.

C'est ce qui s'est passé lors des précédentes guerres mondiales pour éponger les dettes colossales qui avaient été levées et c'est ce qui pourrait se répéter à l'occasion de la crise du Covid-19. Souhaitons que Christine Lagarde s'engage sur ce chemin.

Quelle stratégie adopter ?

Quelles conséquences pour les portefeuilles si ce scénario à notre sens crédible et souhaitable devait se réaliser ? Il conviendra de se positionner à un moment donné sur des actifs tangibles (actions, immobilier, SCPI), et non sur des fonds euros ou des livrets A. Le parcours sera sans doute chahuté, cependant sur le moyen/long terme, et à condition de sélectionner des valeurs résilientes, les chiffres d'affaires, bénéfices et en définitive les valorisations, devraient traverser la crise sans encombre en suivant peu ou prou l'inflation.

A l'inverse, dans ce scénario comprenant une phase de « répression financière », les taux directeurs devraient rester durablement bas, de même que les performances des fonds euros et des livrets A. C'est souvent dans les crises que les fortunes se font et se défont. Il y a des risques (nombreux), il y a aussi des opportunités. Il conviendra d'anticiper ces tendances avec un bon timing, c'est-à-dire avant que les marchés en prennent conscience, pour pouvoir en profiter pleinement.

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