Assurance-emprunteur : 10 ans après la libéralisation du marché, un bilan mitigé

Assurance-emprunteur : 10 ans après la libéralisation du marché, un bilan mitigé©Boursier.com

Boursier.com, publié le vendredi 10 juillet 2020 à 14h38

Le marché de l'assurance emprunteur reste majoritairement détenu par les banques, « tout en pratiquant des tarifs 2 à 3 fois supérieurs à la concurrence », selon le courtier Magnolia.fr.

Depuis dix ans, le secteur de l'assurance-emprunteur n'a cessé de s'ouvrir, mais pour un résultat pas à la hauteur des attentes. Un juteux marché représentant 6 milliards d'euros de primes annuelles, et qui concerne quelque 6 millions de propriétaires avec un crédit en cours.

En dix ans, que s'est-il passé ? En 2010, la loi Lagarde a instauré le principe de la « déliaison » entre assurance et crédit, permettant aux assureurs de s'engouffrer dans la brèche de ce marché jusqu'alors réservé aux banques prêteuses : l'emprunteur a été « libre d'accéder aux offres des concurrents en couvrant son crédit d'un contrat externe à celui de la banque prêteuse », rappelle Magnolia. Puis la loi Hamon est intervenue, quatre ans, dans un marché qui restait encore très concentré : « une nouvelle arme législative vient renforcer le droit de l'emprunteur de délier son assurance de prêt en lui offrant la possibilité de changer de contrat durant sa première année de vie », explique le courtier. Une période de douze mois de blocage jugée encore trop longue pour les emprunteurs qui conduit à ce qu'en 2017, l'ex-sénateur du Doubs Martial Bourquin concocte un amendement donnant la possibilité à tous les emprunteurs de changer de contrat, chaque année à date d'anniversaire.

« Les lignes n'ont pas bougé »

Or trois ans plus tard, « les lignes n'ont pas bougé. Le marché de l'assurance emprunteur est toujours détenu à 85% par les banques tout en pratiquant des tarifs 2 à 3 fois supérieurs à la concurrence », déplore Magnolia. Et ce, alors que les taux de crédit immobilier sont historiquement bas. Une étude réalisée par SecuriMut montre ainsi que près de la moitié des demandes de changement ne reçoivent pas de réponse dans le délai légal de 10 jours. Dans certains banques, les délais légaux ne sont respectés que dans 20 % des cas, et seulement 40 % des demandes font l'objet d'une réponse unique et complète.

Une pression accrue avec la crise

Certains établissements sont accusés de proposer des « contrats d'assurance aux tarifs dégressifs, leur permettant de faire payer le prix fort à l'emprunteur les premières années du crédit pour anticiper une sortie future », selon Magnolia. La crise sanitaire a même fait empirer les choses, selon le courtier, qui constate d'un côté une montée en puissance des exigences des banques, et de l'autre des courtiers en crédit qui ont tendance à intégrer automatiquement l'assurance groupe de la banque sélectionnée pour voir le crédit du client accepté. Magnolia précise néanmoins qu'après négociations, 85% des demandes de changement d'assurance de prêt sont acceptées. Soit 10 000 emprunteurs depuis 2018, pour un gain de 80 millions d'euros de pouvoir d'achat. Reste que la donne pourrait à nouveau changer, le sénateur Bourquin ayant œuvré à un nouveau texte, qui après quelques soubresauts devrait voir le jour à l'automne. Au terme de celui-ci, « la banque serait, entre autres, obligée d'informer son client chaque année de son droit au changement », conclut Magnolia.

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