« Crédit immobilier : et si on ne prêtait plus qu'aux riches ? »

« Crédit immobilier : et si on ne prêtait plus qu'aux riches ? »©Boursier.com

Boursier.com, publié le mercredi 11 mars 2020 à 09h13

Maël Bernier, Directrice de la communication du courtier Meilleurtaux

Voici donc une question volontairement provocante mais qui mérite d'être posée étant donné la situation que nous observons depuis quelques semaines.

Du côté des taux d'emprunt en tant que tels, pas de grands changements en ce mois de mars, en effet, ils sont très légèrement en hausse malgré quelques établissements bancaires qui baissent à nouveau leurs barèmes. Ainsi les moyennes s'affichent en très légère augmentation à 1,12% sur 15 ans (+0,02%), 1,29% sur 20 ans (+0,04%) et à 1,58% sur 25 ans (un peu moins de 0,10% de hausse) mais rien d'inquiétant.

Resserrement des conditions d'octroi de crédits

Si nous ne constatons pas de grand changement du côté des taux de crédit immobiliers, sur les conditions d'octroi en revanche, il faut être honnête, la situation se tend clairement. En effet, les banques qui respectent à la lettre les recommandations du Haut comité du secteur financier appliquent aujourd'hui des règles drastiques quant à l'octroi des crédits, notamment sur le fameux ratio de 33% d'endettement.

Qu'est-ce que cela signifie concrètement ? Il y a encore 3 mois, les banques dépassaient dans 1 prêt sur 4 ce « 33% d'endettement », notamment lorsque ce que nous appelons le reste à vivre était confortable.

Effort d'épargne

En gros, pour un couple gagnant 4.000€, une mensualité à 33% d'endettement sur 20 ans représente un remboursement mensuel de 1.320€. Or, il y a encore quelques mois, ce même couple pouvait rembourser jusqu'à 1.400€ (soit seulement 80€ en plus), ce qui leur permettait de signer un prêt de 280.000€ à 35% d'endettement car leur reste à vivre s'établissait quand même à 2.600€ nets/mois !

La situation est très différente aujourd'hui car ces personnes ne seront plus finançables dans ces conditions. Leur remboursement sera limité stricto-sensu, ce qui signifie que ce même couple pourrait emprunter « seulement » 265.000€, et donc pour un même bien il devra fournir un effort d'épargne de 1.000€ en plus. L'opération ne sera donc possible que s'ils disposent de cette épargne ! S'ils l'ont : tant mieux, sinon, retour à la case départ !

Les dossiers comme celui-ci, nous en avons beaucoup et l'enjeu est réel car sans épargne, pas ou plus de salut ! Quelles seront les conséquences d'une telle politique ? notamment pour les jeunes entrants, à savoir les primo-accédants ?

Veiller à la condition suspensive d'obtention de prêt

C'est dans ce contexte que je ne peux faire l'économie d'un dernier conseil : en effet et notamment dans les grandes villes, les acheteurs avaient tendance à signer des compromis sans conditions suspensives d'obtention de prêt afin d'être certains d'être privilégiés par le vendeur qui reçoit plusieurs offres. Ce petit jeu est aujourd'hui dangereux car l'obtention des crédits se durcissant, une personne qui finalement n'obtiendrait pas son crédit se retrouverait dans une situation financière très délicate (perte du dépôt de 10% versé par exemple).

La situation actuelle d'octroi des prêts est tendue, il est donc très important de bien faire les calculs d'enveloppe de financement avec un professionnel afin d'éviter les mauvaises surprises.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.