Dossier

Crise sanitaire : faut-il redouter une chute du marché immobilier ?

8. L'offre et la demande vont être bouleversées, quel impact sur les prix de l'immobilier ?

L'offre et la demande vont être bouleversées, quel impact sur les prix de l'immobilier ?©Boursier.com

Boursier.com, publié le mercredi 22 avril 2020 à 14h11

Avec moins d'acquéreurs, difficile de ne pas voir d'impact sur les prix...

La quatrième conférence interactive du "Cercle des managers de l'immobilier", un rendez-vous hebdomadaire organisé depuis le début de la crise sanitaire par l'union des syndicats de l'immobilier (Unis), a donné la parole hier après-midi à plusieurs acteurs de la transaction afin d'imaginer comment va se relever le marché immobilier ancien à court et moyen terme.

Les notaires ont du travail

Maître Thierry Delesalle, porte-parole et président de la commission des statistiques de la Chambre des notaires de Paris et d'Île-de-France, a souligné qu'il y aura beaucoup d'actes de vente à finaliser à la sortie du confinement, sachant que des blocages administratifs continuent à ralentir l'enregistrement des ventes en cours, au niveau du cadastre ou de l'assainissement notamment. Il y aura donc beaucoup de retard à rattraper et Thierry Delesalle s'attend à un été très chargé pour les offices notariaux. Il appelle d'ailleurs les syndics à anticiper la réalisation des états datés, un document indispensable pour finaliser les ventes.

Moins d'acheteurs

Fin observateur du marché, Sébastien de Lafond dirigeant et cofondateur de la plateforme Meilleurs Agents, ne dispose plus depuis le 16 mars (début du confinement et arrêt des visites) d'assez de promesses de vente qui lui sont remontées de ses agences immobilières partenaires (près de la moitié du marché) pour alimenter ses prévisions mais rappelle que la crise sanitaire va avoir des effets mécaniques sur l'offre et la demande. « Nous avons sondé des agences et des particuliers : la plupart de ceux qui avaient des projets d'achat ou de vente d'une résidence principale vont le maintenir mais plus d'1 quart de ceux qui avaient un projet d'investissement locatif s'interrogent », constate Sébastien de Lafond. Pour autant, il admet qu'il y aura moins d'acheteurs : « tous ceux qui vont subir des baisses de revenus significatives vont se retirer du marché et vont mettre du temps à revenir ». Autre facteur qui va contraindre la demande : les banques vont être plus sélectives, l'accès au crédit plus limité, si bien que le dirigeant de Meilleurs Agents redoute une baisse du volume d'emprunts accordés qui pourrait être sévère comme en 2011.

Ventes contraintes

Thierry Delesalle craint aussi que le financement soit moins abondant et un peu moins cher (les banques ont déjà remonté leurs taux) mais rappelle que la pierre va continuer à bénéficier de son statut de placement de protection avec des locataires et des primo-accédants qui pourraient être encouragés à passer à l'achat. Certains propriétaires vont également se rendre compte pendant la période de confinement que leur logement n'est pas adapté, ce qui les amènera peut-être à déménager par la suite. Maître Delesalle évoque aussi l'arrivée de nouveaux vendeurs : « on peut anticiper une augmentation de décisions de ventes d'actifs immobiliers de la part de dirigeants en difficultés financières, sans oublier les ventes contraintes liées aux décès causés par le Covid-19 et aux couples qui vont se déchirer à l'issue de la période confinement ».

Sans confiance, pas de reprise

« Mais sans confiance, la reprise sera difficile et elle ne va pas revenir dès le 11 mai », souligne Sébastien de Lafond. Selon lui, dans le meilleur des scénarios, le marché immobilier ancien ne reprendrait véritablement qu'à partir de septembre avant de retrouver sa vitesse de croisière à la mi-2021.

Correction des prix

Avec moins d'acquéreurs et sûrement pas assez de nouveaux vendeurs pour compenser, difficile de ne pas voir d'impact sur les prix. « Il ne peut pas ne pas y avoir de conséquences sur les prix car la demande va baisser, je ne peux pas imaginer que Paris ne recule pas et une correction de -5% à -10% dans la capitale ne me choquerait pas », avance Sébastien de Lafond. Cette correction passagère pourrait se normaliser par la suite mais moins les territoires seront tendus, plus la baisse risque d'être prononcée. Dans les zones tendues, la présidente du réseau Orpi, Christine Fumagalli, n'attend toutefois pas de renversement sur les prix compte tenu de l'importance de la demande. Elle note d'ailleurs une nette reprise des recherches immobilières sur le site Orpi depuis deux semaines.

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