La reprise du marché de l'immobilier se confirme, mais jusqu'à quand ?

La reprise du marché de l'immobilier se confirme, mais jusqu'à quand ?©Boursier.com

Boursier.com, publié le mercredi 08 juillet 2020 à 09h26

Sandrine Allonier, porte-parole et responsable des Relations Banques de Vousfinancer.com

Tous les professionnels s'accordent pour le dire : le redémarrage du marché a été exceptionnel depuis la mi-mai, tant par sa rapidité que par son intensité. Nous avons tous assisté à un rattrapage que peu d'entre nous auraient pu anticiper... Mais derrière l'euphorie collective, on ne peut que s'interroger sur la durée de ce phénomène. Cette reprise est-elle durable ou seulement un feu de paille ? Cet effet de rattrapage ne risque-t-il pas d'être suivi d'un assagissement du marché contraint par l'évolution de la conjoncture économique ? Car si la demande est là, comme en témoigne l'envolée du nombre de visites sur les sites d'annonces immobilières tout comme la reprise des transactions, d'autres facteurs clés sont à regarder de près pour tenter d'anticiper l'évolution du marché d'ici à la fin de l'année.

Rattrapage des transactions

Au regard des chiffres publiés par les réseaux d'agences, on pourrait penser que ce printemps de l'immobilier n'a pas connu les nuages du confinement... Il en est de même dans les chiffres de la Banque de France qui note qu'en mai, la production de nouveaux crédits à l'habitat est repartie rapidement à la hausse pour atteindre 21,1 milliards d'euros, un retour à son niveau de mars, et même supérieur à mai 2019 (18,2 milliards) ! Ce dynamisme s'explique à la fois par la réactivation des dossiers de crédits en attente durant le confinement, la hausse des renégociations de prêts et le financement de nouveaux projets. Mais ces chiffres encourageants ne doivent pas masquer le fait que les banques ne sont plus dans la même dynamique qu'en 2019, année record pour l'immobilier.

Les banques sont partagées

Terminé aujourd'hui les crédits sans apport et à plus de 33 % d'endettement... Les banques sont actuellement partagées entre le respect des recommandations du Haut Conseil de Stabilité financière combinées à la situation économique qui les incite à la prudence, et la politique incitative de la Banque Centrale Européenne qui leur permet de se refinancer à taux bas. En outre, rappelons que les banques ont des objectifs de production de crédits élevés et qu'elles doivent elles aussi rattraper les deux mois de pause dans leur activité de crédit immobilier.

Deux poids, deux mesures

C'est ainsi qu'on se retrouve dans une situation où ceux qui ont la capacité d'emprunter, avec deux CDI, de beaux revenus et 15 % d'apport minimum, le font actuellement dans d'excellentes conditions, à des taux à nouveaux proches de plus bas historiques, quand les autres, ménages plus modestes, situations professionnelles atypiques - « hors cdi » - petits épargnants aussi bien qu'investisseurs, se voient essuyer plusieurs refus pour des projets qui auraient été financés sans mal il y a un an... Quand ils ne sont pas tout bonnement exclus du crédit en raison du niveau très bas des taux d'usure, taux maximum au-delà duquel une banque n'a pas le droit de prêter, rapidement atteint pour ce genre de profils ! C'est ainsi qu'au premier semestre, la part des dossiers refusés chez Vousfinancer atteint 9,8 % contre 6,6 % à fin mai sur les 5 premiers mois de l'année et 5,4 % sur les 5 premiers mois de l'année 2019.

Les clés de la reprise

On risque donc de se retrouver dans un marché immobilier à deux vitesses, duquel serait exclus une partie des Français, alors même que les taux attractifs - et bien d'autres facteurs comme l'envie d'habiter dans une maison, de préparer sa retraite - continuent à alimenter la demande... Une demande qui dépendra aussi de l'évolution du marché de l'emploi et de la conjoncture économique de la rentrée. Les clés de la reprise sont donc dans les mains des banques, mais pas seulement...

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