« Les emprunteurs modestes sont déjà impactés par les recommandations du HCSF »

« Les emprunteurs modestes sont déjà impactés par les recommandations du HCSF »©Boursier.com

Boursier.com, publié le vendredi 24 janvier 2020 à 09h45

Sandrine Allonier, porte-parole et responsable des Relations Banques de Vousfinancer.com

Cela a fait l'effet d'une bombe... à retardement. Mi-décembre, le Haut conseil de stabilité financière (HCSF), dans le cadre de sa mission de veiller à la stabilité du système financier français, a formulé aux banques deux recommandations majeures en les incitant à une prudence accrue dans l'octroi de crédits immobiliers : limiter le taux d'endettement à 33 % et la durée des crédits accordés à 25 ans. Récemment, lors de ses vœux, le gouverneur de la Banque de France a intimé aux banques d'appliquer ces recommandations le plus rapidement possible. Non sans conséquence pour les emprunteurs...

Des conditions d'octroi déjà resserrées

Après une année 2019 quasi-record, avec 250 milliards d'euros de nouveaux crédits à l'habitat accordés et marquée par l'allongement des durées de prêts et une hausse de l'octroi des prêts sans apport, le HCSF a sifflé en fin d'année la fin de la récréation. Objectif : éviter un emballement du crédit, une surchauffe de la machine, à un moment où pourtant, en fin d'année, les banques avaient d'ores et déjà durci leurs conditions d'octroi, leurs objectifs de production ayant largement été dépassés.

Impact sur les ménages modestes

En ce début d'année, la situation est loin de s'arranger... On note d'ores et déjà un impact sur les emprunteurs modestes qui ont la nécessité d'emprunter sur des durées supérieures à 25 ans afin de maximiser leur capacité d'emprunt et voient ainsi leurs difficultés à accéder au crédit augmenter. Mais ils ne sont pas les seuls : selon Crédit Logement près de 40 % des crédits ont été accordés en 2019 sur des durées de 25 ans et plus contre seulement 15 % il y a 5 ans. Une tendance à la hausse ces dernières années qui devrait s'inverser... Et si certaines banques acceptaient encore l'année dernière de dépasser les 33 % d'endettement tout en veillant au saut de charge, elles ne sont déjà plus enclines à le faire pour ces profils considérés comme risqués.

Premiers effets

Les premiers effets de ces annonces se font déjà ressentir et pour l'année 2020. Nous estimons entre 10 % à 15 % la baisse du nombre de dossiers qui seront financés, avec en première ligne les emprunteurs aux revenus les plus faibles. Aujourd'hui, le nombre de banques acceptant de financer des emprunteurs au Smic a fortement diminué car certaines ne veulent plus financer des prêts inférieurs à 150 000 € ou 200 000 €. Celles qui acceptent les revenus modestes - moins de 30 000 € par an - privilégient les couples et demandent un minimum d'apport personnel et idéalement une épargne résiduelle après opération pour sécuriser le paiement des charges supplémentaires comme la taxe foncière, les charges de copropriété, etc...

Dossiers refusés

Ainsi, des dossiers qui étaient acceptés en 2019 sont aujourd'hui refusés.... Par exemple un jeune couple bénéficiant de la prime d'activité avec des revenus de 2800 € nets/mois a obtenu un prêt de 265 000 € à 1,66 % sur 30 ans avec 30 000 € d'apport personnel en 2019. Aujourd'hui son crédit lui serait refusé en raison de la durée du prêt. Un autre couple, avec 2 500 € nets par mois de revenus avait pu financer son projet d'acquisition avec travaux pour 280 000 €, avec un apport de 40 000 € et 55 000 € d'épargne après projet mais un endettement de 39 %. Aujourd'hui il serait resté locataire...

Moins de propriétaires

S'il est évidement raisonnable de prendre des mesures d'anticipation pour éviter un emballement du crédit dont l'effet pourrait être extrêmement grave, on note que les banques s'autorégulent comme cela a été le cas en fin d'année. Et on peut s'interroger sur la façon dont ces Français à revenus modestes vont vivre avec une retraite tout aussi modeste en continuant à devoir payer un loyer. Ces deux couples d'emprunteurs ne pourraient plus être financés aujourd'hui car ils dépassent la durée ou l'endettement recommandé, alors même qu'ils ont fait l'effort de se constituer un apport personnel avec l'objectif de devenir propriétaire...

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